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Analyse des actualités sur le marché de l’énergie en 2023

actualité énergie mars 2023

Comme chaque semaine, découvrez l’analyse de nos experts sur l’actualité du marché de l’énergie (électricité, gaz, pétrole, charbon…) pour une clôture des prix au 31 mars 2023.

Marché de l’électricité

Le prix de l’électricité poursuit sa tendance haussière

La courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France a poursuivi sa tendance haussière pour la deuxième semaine consécutive. De la même façon que la semaine précédente, la demande d’électricité nationale semble s’être stabilisée à un niveau relativement faible (entre 45 et 55 GW). La pression haussière sur les prix du marché provient alors essentiellement des problématiques rencontrées sur l’offre d’électricité. En effet, cette semaine n’a pas été épargnée des grèves contre la réforme des retraites, impactant alors une nouvelle fois les moyens de production à la baisse. Alors que les prix du contrat CAL 24 Baseload dépassait timidement les 200 €/MWh le 10 mars dernier (1ère fois depuis le 10 janvier), la prime de risque liée aux nouvelles fissures des réacteurs nucléaires semblent s’intensifier.

En effet, les prix du contrat CAL 24 Baseload ont augmenté de +26,83 €/MWh en clôturant ce vendredi 31 mars à 218,22 €/MWh (soit une hausse significative de +14,02 % en une semaine). Les produits à très long terme sont également subis une hausse puisque le CAL 25 et le CAL 26 ont augmenté respectivement de +8,16 % et de +5,09 %.

La production électrique a diminué

Les semaines passent et se ressemblent : la grève a de nouveau réduit la capacité de production électrique cette semaine. En effet, on note une baisse de production de 6,3 GW ce mercredi et de 8,2 GW ce jeudi. Les centrales les plus touchées s’avèrent être celles de la filière hydroélectrique avec un impact estimé à 6 GW ce jeudi. Alors que le taux de participation semble diminuer selon EDF, les syndicats nationaux ont appelé à une 11ème journée de protestations le 6 avril prochain.

En parallèle, les syndicats de l’énergie ont indiqué en début de semaine qu’ils préparaient des actions de grève spécifiques au retardement des travaux de maintenance des réacteurs nucléaires à l’arrêt. En octobre 2022, les syndicats avaient déjà été source de ralentissements des travaux de maintenance, entraînant une perte de production de 4 à 5 TWh. Bien que la demande d’électricité nationale soit équilibrée, de telles actions impacterait inévitablement les prix de l’électricité à la hausse.

La hausse des températures risque d’avoir un impact sur la production nucléaire

Avec l’arrivée du printemps, de nouvelles problématiques liées à l’équilibrage du réseau d’électricité vont apparaître. De la même façon que l’été dernier, il est probable que la production nucléaire soit impactée par la hausse des températures.

Vers un système de refroidissement des centrales nucléaires plus adapté ?

Emmanuel Macron a annoncé ce jeudi 30 mars un vaste plan d’investissement pour adapter les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires au réchauffement climatique. L’objectif serait d’installer des circuits de refroidissement fermés. Cette solution permettrait alors d’éviter toute baisse ou arrêt de production liés aux débits des rivières affaiblis en période de sécheresse.

Nouvel objectif de développement des énergies renouvelables pour l’Union européenne

Les États membres de l’UE se sont accordés ce jeudi 30 mars pour fixer un nouvel objectif de développement des EnR : porter à 42,5% le taux des EnR dans le mix-énergétique européen à horizon 2030. Cet objectif semble ambitieux lorsque que l’on observe le niveau atteint aujourd’hui : 22% en Europe et près de 20% en France. Afin d’y parvenir, le texte prévoit de faciliter et d’accélérer les procédures administratives ainsi que d’établir des territoires « dédiés. L’atteinte de ces objectifs contribuera à la souveraineté énergétique européenne en réduisant le recours aux centrales thermiques et aux importations de fossiles. Le développement de la part des EnR à un tel niveau – quasiment doublé – est un facteur baissier du prix de l’électricité à long terme en Europe et de la dépendance aux technologies de pointes.

Les évolutions du marché sur la fin du mois de mars confirment que les récentes découvertes de nouvelles fissures sur les réacteurs nucléaires attisent les craintes des acteurs sur le marché. La forte volatilité persiste, et la prime de risque sur le marché pousse les prix à la hausse au-dessus des 200 €/MWh. À court terme, entre grèves et inquiétudes sur l’état du parc nucléaire, les potentiels de hausse de prix sont plus probables que les potentiels de baisse. À long terme cependant, l’annonce des nouveaux objectifs de développement des EnR couplée à une amélioration du parc nucléaire devraient être sources de baisses de prix. Les yeux sont également rivés sur la réforme du marché de l’électricité au niveau européen qui devrait permettre d’atténuer la volatilité des prix via la mise en place de contrats long terme (CFD et PPA).

Tristan BAUDU, Analyste pricing

électricité prix mars 2023

Marché du gaz

Nouvelle hausse des prix du gaz

Au vu du contexte social et météorologique actuel, les tensions sont toujours aussi présentes sur le marché du gaz à l’échelle française. Comme indiqué ci-dessus, le CAL 26 TTF (bourse gazière de référence sur le marché néerlandais) suit aussi la même tendance. Après avoir connu plusieurs semaines de stabilité et de baisse, les prix du gaz semblent repartir sur une tendance haussière. Ceux-là sont toujours aussi sensibles à la moindre perturbation extérieure.

Les contrats pour une livraison en 2024 ont donc clôturé à 54,612 €/MWh le 31 mars 2023, subissant une hausse de +6,31 €/MWh sur la semaine.

L’environnement ne favorise pas la stabilité du gaz ?

L’offre conséquente de gaz et les efforts de sobriété énergétique ne suffisent pas à maintenir une stabilité du marché gaz.

Malgré la tendance baissière générale due à l’offre de gaz confortable, les différents produits gaziers français sont toujours aussi sensibles au contexte économique et social actuel.

En effet, pour clôturer ce mois de mars, les différents calendaires subissent une hausse non négligeable. Le contexte social en France est toujours aussi délicat. Les grèves continuent de perturber l’approvisionnement en GNL en bloquant l’arrivée des méthaniers. De ce fait, l’offre de gaz est amoindrie par rapport aux semaines précédentes. Depuis peu, la production d’électricité via les centrales nucléaires est aussi entravée par les grèves. Du fait des contraintes rencontrées au sein de la filière du nucléaire, les centrales à gaz sont davantage utilisées, ce qui accentue les tensions sur la demande.

Le ralentissement des économies mondiales : un mal pour un bien pour l’Europe

Le GNL est une des sources les plus importantes d’approvisionnement pour l’Europe. En effet, cette énergie a permis de palier les pertes russes depuis le début du conflit. Cependant, l’UE ne criait pas victoire trop vite, craignant une reprise de l’activité chinoise. Susceptible d’absorber près de 80% de l’offre, la Chine pourrait être un acteur majeur de la reprise de la demande mondiale de GNL.

Ce n’est finalement pas le cas jusqu’ici. La hausse des taux au sein des pays développés ralentit l’activité de chacun, et pèse donc sur les exportations du géant asiatique.

Malgré cette bonne nouvelle, ce n’est pas pour autant que l’UE se repose. Les ministres européens de l’Énergie ont trouvé un accord de principe mardi dernier qui consistait à prolonger l’objectif de baisse de la demande de 15% jusqu’en mars 2024.

Le but premier de cette mesure est bien évidemment de sécuriser l’approvisionnement pour l’hiver prochain.

gaz prix mars 2023

À court terme, la tendance repart à la hausse du fait du contexte social français assez délicat actuellement.

À moyen terme, nous avons un peu plus de visibilité. Le fait que la reprise économique chinoise n’a pas d’impact déterminant sur les prix du gaz, rassure l’Europe. De plus, bien que les craintes européennes sur l’approvisionnement en gaz cet hiver se soient apaisées à l’approche du printemps, les états membres visent désormais la reconstitution des stocks pour l’hiver prochain.

À plus long-terme, la tendance reste baissière. Les livraisons de gaz norvégien seront maintenues à leur niveau actuel pour les quatre ou cinq années à venir. C’est une excellente nouvelle sachant que la Norvège assure 10% de la consommation européenne de gaz.

Yanice MEGUENNI, Analyste pricing

Marché du pétrole

Le prix du pétrole continue d’augmenter

Le prix du brut (BRENT, pour une livraison en juin 2023) poursuit sa hausse pour atteindre 79,89 $/barils le vendredi 31 mars, soit 4,90 $/barils de plus en une semaine (+6,53 %).

Cette semaine a donc été haussière sur les marchés mondiaux du brut des deux principales références (WTI & BRENT). La tendance a été soutenue, notamment, par le retour de la confiance suite aux faillites de plusieurs banques américaines et de Crédit Suisse. Dans le même temps, la demande américaine reprend des couleurs alors que les réserves commerciales ont fondu contre toute attente. Enfin, des mouvements du côté de l’offre ont continué de soutenir les cours à la hausse. On vous en parle plus bas.

Les investisseurs reprennent confiance

Dès lundi, la confiance semble être revenue sur le marché. Le mois de mars a largement été marqué par plusieurs faillites successives de banques américaines (notamment SVB) qui ont ébranlé le système financier. Le goût pour les actifs risqués tels que les matières premières avait donc logiquement été moindre. Le vent de panique est passé, grâce au sauvetage de ces banques. La propagation à l’ensemble du système a été évité, et l’enthousiasme a depuis repris le dessus.

L’appétit pour le risque est donc de retour, même si en milieu de semaine la progression des cours semble avoir été ralentie par quelques prises de profits. Les annonces de milieu/fin de semaine sur l’état des réserves américaines, et sur le niveau de la demande d’essence, ont relancé la tendance, sans doute pour de bon. Les blocages en France des raffineries ont apporté également un soutien aux cours. En effet, les tankers sont contraints d’attendre au large, faute de pouvoir accoster et livrer leurs cargaisons. Mercredi, le gouvernement français a débloqué l’équivalent de quelque 10 millions de barils pour compenser les manques liés aux différents blocus.

La demande américaine augmente

Du côté de l’offre, selon l’EIA, les stocks commerciaux de brut ont fondu de près de 7,5 millions de barils, contrairement aux anticipations du marché. Ce puisage dans les réserves accompagne une hausse de la demande américaine (+2,2 % en une semaine), soit à présent 3% au-dessus de niveau de 2022 à la même date. La demande d’essence est en effet au plus haut depuis trois mois, ce qui a entrainé une baisse de 2,9 millions de barils sur les stocks la semaine passée.

L’offre de pétrole diminue

Un autre fait marquant est survenu durant le week-end. Plusieurs pays membres de l’Opep+ ont décidé de procéder à une importante coupe de leur production de brut, à la grande surprise des analystes. Les pays à l’origine de cette décision ont un point relativement important au sein de l’organisation : Algérie, Irak, pays du Golfe. Cette réduction des objectifs de production, qui débutera en mai et perdurera au moins jusqu’à la fin de l’année, représente une baisse de la production d’environ 1 million de barils/jour, soit la plus forte réduction depuis octobre 2022.

Les cours du brut devraient donc progressivement (et durablement) revenir à des niveaux plus proches de ceux constatés en début d’année, autour de 90 $/barils. Ce constat est appuyé par le fait que des signaux positifs sont de retour du côté de la demande mondiale. Cette stratégie de l’Opep+ vise sensiblement à maintenir les cours à des niveaux élevés, après les fortes baisses constatées au mois de mars.

Globalement, il semble raisonnable d’attendre une hausse soutenue des cours pour les semaines, voire mois à venir.

Loïc Arilaza, Analyste Pricing Team Leader
pétrole prix mars 2023

Marché du charbon

Nouvelle semaine à la hausse pour le prix du charbon

Cette semaine, le prix à terme de la tonne de charbon repart à la hausse. Le produit ICE Coal API2 Cal 2024 clôturait la semaine à 143,04 $/t le vendredi 31 mars, soit 16,44 $/t de plus en une semaine (+12,99 %). À court terme, la même tendance se retrouve, la tonne de charbon pour une livraison en avril 2023 clôturant à 138,00 $/t, soit en hausse de +15,25 $/t sur le vendredi précédent.

La volatilité reste élevée sur le marché européen. L’hiver est passé, et a été relativement doux. Nous l’avons vu ces dernières semaines, la courbe est largement parvenue à s’orienter à la baisse. La demande étant relativement faible comparée à l’offre, les cours se maintiennent dans un corridor compris entre 100 et 150 $/t.

La demande chinoise commence à augmenter de nouveau

Cette demande du côté de l’Asie devrait être croissante pour les semaines et mois à venir. La Chine, en tête, prévoit d’augmenter sa production domestique, mais devra sans doute importer de l’extérieur. Les relations diplomatiques entre l’Australie et la Chine sont meilleures, et le pays devrait augmenter ses exportations vers la Chine, grosse consommatrice.

En Europe, le prix du gaz naturel remonte également. La reconstitution des stocks stratégiques débutera prochainement, ce qui devrait peser un peu plus sur la demande. L’offre reste importante, grâce à l’afflux de GNL, ce qui permet de limiter les hausses trop importantes.

Une légère tendance haussière pourrait s’installer cette semaine.

charbon prix mars 2023

Marché des émissions

Le prix du CO2 augmenter cette semaine

Sur le marché des droits à polluer européen, la tonne de CO2 remonte dans un contexte de confiance retrouvée dans le système financier. Le contrat de référence ICE EUA Dec. 2023 termine ainsi la semaine à 91,93 €/t, soit en hausse de +4,28 €/t sur le vendredi précédent (+ 4,88 %).

Nous l’avons vu pour le pétrole, la confiance des investisseurs est revenue. Le marché européen du CO2 demeurant très spéculatif, les bonnes perspectives de croissance des acteurs du marché orientent les cours des EUA à la hausse. Bien que la situation économique européenne reste incertaine pour l’année 2023, des signaux positifs permettent d’encourager les investissements.

Les prix du gaz naturel et du charbon remontent également, mais la production renouvelable reste bonne pour la saison, notamment pour l’éolien français. Le recours aux centrales à gaz a toutefois été relativement important cette semaine, les mouvements de grève pénalisant la production nucléaire française.

Globalement, le prix de la tonne de CO2 devrait se maintenir à un niveau élevé, proche de 100 €/t, voire au-delà. Comme nous l’annoncions ces dernières semaines, c’est le prix à payer pour l’atteinte des objectifs très ambitieux que s’est fixé l’Union européenne dans sa lutte contre le réchauffement climatique. Affaire à suivre.

Loïc ARILAZA, Analyste Pricing Team Leader
co2 prix mars 2023

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