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Energie : analyse de l’actualité pour la semaine du 11 août 2023

Hebdo de l'Energie, analyse de la semaine du 11 août 2023

Cette semaine encore, nos experts vous présentent une analyse complète de toute l’actualité sur les marchés de l’énergie à la date du 11 août 2023.

Marché du gaz

Malgré les risques associés à la situation de guerre, les négociants ont affirmé qu’il était judicieux, du point de vue commercial, de stocker en Ukraine en raison des prix attractifs actuels par rapport aux tarifs anticipés pour les livraisons futures. L’exploitation de la capacité additionnelle de 100 TWh disponible en Ukraine renforce les perspectives pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe pendant l’hiver, entraînant ainsi une augmentation de 10 % de la capacité maximale de stockage. De plus, le tout nouveau terminal méthanier d’EL Musel en Espagne a réceptionné sa première cargaison de gaz naturel liquéfié (GNL). Avec une capacité annuelle de 8 Gm3, ce terminal est conçu pour compenser les anciennes liaisons entre la Russie et l’Europe.

La fin de semaine dernière, ainsi que le début de semaine à venir, sont marquées par le retour de fortes chaleurs. Selon le service météorologique suédois SMHI, on prévoit une augmentation des températures de 2°C à 4°C au-dessus de la moyenne saisonnière en France, et de +4,4°C en Allemagne, le plus grand consommateur de gaz en Europe.

Par ailleurs, en Australie, Chevron et Woodside Energy Group sont en train de négocier avec les syndicats pour éviter de nouvelles grèves sur les plateformes de GNL, responsables à hauteur de 10 % de l’approvisionnement gazier mondial.

Ces perturbations ont eu un impact direct sur les contrats TTF à échéance Mois+1, qui ont augmenté de +28 % la semaine passée. Le contrat CAL24 (livraison en 2024) n’a pas été épargné non plus, enregistrant une hausse de +5,8 % entre le 08 août et le 09 août. Cette situation met en évidence l’extrême volatilité des marchés du gaz, exacerbée par la faible liquidité due à la période de congés. Après une correction logique des prix sur une semaine complète, les répercussions sur le contrat CAL24 ont été relativement limitées, avec une augmentation de seulement +5 %.

Bien qu’influencé par les nouvelles pouvant créer d’importantes variations, les fondamentaux demeurent solides sur les marchés. En effet, les flux de gaz sont importants et restent stables depuis plusieurs semaines. Les niveaux de stockage atteignent actuellement près de 90 %, un chiffre qui était initialement prévu pour novembre. En France, la consommation a diminué de -14,3 % en un an et les prochaines données relatives à la demande seront cruciales pour affiner les prévisions.

Tant que la consommation ne connaît pas une reprise significative, la tendance baissière des prix futurs pourrait persister.

Clément TUFFERY, Analyste Pricing
Graphique prix gaz 11 août 2023

Marché de l’électricité

La start-up allemande Marvel Fusion prévoit de développer un démonstrateur de fusion nucléaire aux États-Unis en partenariat avec l’Université du Colorado. L’Europe poursuit ses efforts et investit jusqu’à 150 millions de dollars dans la recherche sur la fusion nucléaire par laser, avec la participation de l’entreprise française Thales. L’objectif principal est de démontrer la faisabilité de cette technologie, en vue d’une mise en service du démonstrateur en 2027 et d’une production à grande échelle d’ici 2030.

L’avènement d’une telle technologie pourrait révolutionner le marché de l’énergie en offrant des capacités de production incroyables, sans production de déchets ni risque d’accidents nucléaires. Portée par des acteurs comme la France et l’Allemagne, l’Europe aspire à jouer un rôle central dans le développement de la fusion nucléaire.

En ce qui concerne la production actuelle, la France reprend la tête des exportateurs d’électricité en Europe, avec quelques 17,6 TWh exportés depuis le début de l’année, surpassant ainsi la Suède. Cette position est principalement attribuable à la disponibilité en partie retrouvée de son parc nucléaire, ainsi qu’aux réserves hydrauliques qui ont bénéficié de précipitations abondantes cette année. Néanmoins, le retour à des températures supérieures aux normales saisonnières pourrait avoir un impact sur la production atomique du pays. En effet, la température de la Garonne pourrait atteindre 28°C cette semaine, seuil au-delà duquel l’eau du fleuve ne peut plus être utilisée pour le refroidissement des réacteurs. Pour l’instant, seul le site de Golfech (2,6 GW) serait touché par cette problématique. À l’approche de la hausse des températures, aucune mesure n’a encore été prise.

Les prix de l’électricité sont fréquemment corrélés à ceux du gaz. À l’instar de ce dernier, ils ont connu une augmentation ce mercredi 9 août pour finalement conclure la semaine de manière plus neutre, dans un contexte de tendance globale baissière. Dans l’ensemble, les prix de l’électricité demeurent moins sujets à la volatilité que ceux du gaz, du fait notamment des différentes sources d’énergie primaires nécessaires à sa production (nucléaire, gaz, charbon, etc…).

Graphique prix de l'électricité 11 août 2023

Marché du pétrole

Le pétrole entame une septième semaine de hausse consécutive. Le Brent (brut de la mer du Nord) pour une livraison en octobre 2023 avoisine sa zone de résistance, autour des 87 $.

La Chine éprouve toujours des difficultés à stimuler son économie et entre dans une phase de déflation. Les exportations, qui constituent un élément clé de sa croissance, ont enregistré une baisse de -14,5 % en juillet, marquant le repli le plus prononcé depuis l’année 2020. La fragilité de l’économie chinoise a freiné la progression du prix du pétrole, car les importations de pétrole brut sont au niveau le plus bas depuis le début de l’année, bien qu’elles restent substantielles. Les États-Unis, quant à eux, ont réduit leurs exportations de pétrole de 2,36 millions de barils par jour, établissant un record historique, ce qui a conduit à l’accumulation de stocks. Cependant, les besoins de l’industrie pétrochimique chinoise pourraient contribuer à une reprise à la hausse des échanges.

Parallèlement, les données faisant état d’une inflation positive aux États-Unis, soutenue par la force du dollar, exerce également une pression sur la dynamique haussière du prix du pétrole. Inversement, en Europe, le conflit entre l’Ukraine et la Russie se déplace et entraîne des répercussions sur la mer Noire, où transite la majeure partie du pétrole russe. Ce constat suscite des inquiétudes sur les marchés quant à de nouvelles perturbations pour l’approvisionnement qui s’ajouteraient aux restrictions actuelles de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a revu à la hausse ses prévisions de demande mondiale de brut. Prévoyant désormais un niveau record historique de 102,2 millions de barils par jour pour l’ensemble de l’année 2023, qui serait suivi d’une légère diminution pour l’année 2024. Cette estimation a vraisemblablement surpris les pays membres de l’OPEP+, qui annonçaient jeudi anticiper une stabilité de la demande mondiale de pétrole cette année, avec une augmentation de 2,25 millions de barils par jour (bpj) prévue pour 2024. La situation demeure donc incertaine, même si les prix du brut devraient rester relativement élevés jusqu’à la fin de l’année. En effet, l’offre mondiale reste en flux tendus, alors que la demande devrait a minima se maintenir.

Marché du CO2

Les États-Unis ont récemment réalisé un investissement historique de 1,2 milliard de dollars dans la technologie de capture du carbone, dirigée par Climeworks. Il s’agit de la première injection de fonds majeure dans ce domaine. L’objectif de cette initiative est de réduire de plus de 1 million de tonnes les émissions de CO2 annuelles dans l’atmosphère par site, en ramenant les coûts technologiques à moins de 100 $ par tonne à partir de 2025-2026. La capture carbone de ce projet est environ 250 fois supérieur à la capacité de la plus grande installation actuellement en opération. Une multiplication de ces sites permettrait d’atteindre plus facilement la neutralité CO2 convoitée par les Occidentaux en 2050.

En Europe, le prix de la tonne de CO2 émise se maintient à un niveau élevé, entre 82 et 90 €/t (contrat de référence Dec. 2023). Ces dernières semaines, peu de nouvelles réglementaires concernant le devenir du système, ou de celui des prix de marché. Le marché des quotas d’émission reste assez spéculatif, et dépend en partie des stratégies d’achat des investisseurs. Il faudra continuer de suivre l’actualité avec attention.

Vous voulez en savoir plus ? Notre magazine les Tendances de l’Energie vous détaille chaque mois les dernières nouvelles du marché de l’énergie.

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