Hebdo de l’énergie : l’actualité des marchés du 13 octobre 2023

Hebdo de l'énergie

Cette semaine encore, nos experts vous présentent leur analyse complète de toute l’actualité sur les marchés de l’énergie à la date de clôture du 13 octobre 2023.

Marché de l’électricité

Cette semaine, la courbe de long terme des prix de l’électricité s’est fortement retournée à la hausse. En effet, après avoir surfé juste au-dessus de la barre des 120 €/MWh la semaine précédent, le CAL 24 Baseload est repassé au-dessus des 140 €/MWh cette semaine. La consommation nationale reste similaire à celle des 4 dernières semaines en variant entre 35 GW et 50 GW. 

Les produits calendaires sur le marché de gros de l’électricité accusent tous d’une forte augmentation témoignant d’une hausse de leur prime de risque. Les prix du contrat CAL 24 Baseload ont augmenté de +24,87 €/MWh cette semaine en clôturant ce vendredi 13 octobre à 147,13 €/MWh (soit une hausse de +20,34 % par rapport au vendredi 6 octobre). Les prix des contrats CAL 25 et CAL 26 Baseload ont eux aussi suivi une tendance haussière avec des évolutions respectives de +9,89 % et de +3,02 %.

Focus sur les capacités nucléaires

La disponibilité du parc nucléaire en France a grimpé d’environ 1,9 GW en une semaine pour atteindre 41,6 GW ce mardi 10 octobre. Malgré cette augmentation notable, la capacité nucléaire reste inférieure de près de 3,5 GW aux prévisions d’EDF. En moyenne en septembre la capacité nucléaire était de 40,3 GW. Néanmoins, avec 9 réacteurs sur la liste des redémarrages prévus sur le mois d’octobre, EDF prévoit une hausse de la disponibilité moyenne ces prochaines semaines. En effet, la disponibilité moyenne devrait atteindre 43,9 GW sur octobre et 49,7 GW en novembre. 

EDF a encore confirmé mardi 10 octobre l’augmentation progressive de la production nucléaire en 2023 et en 2024 avec un objectif entre 300 et 345 TWh. Actuellement la production nucléaire s’élève à plus de 233 TWh depuis le début de l’année et EDF n’exclut pas la possibilité d’approcher les 330 TWh d’ici la fin de l’année. Cependant cela dépendra des conditions météorologiques qui pourraient forcer EDF à moduler sa production à la baisse si la production d’électricité renouvelable est trop importante. 

De nouvelles mesures d’économies d’énergie

Le premier volet du plan de sobriété en 2022 posait les premières pierres des actions d’économies d’énergie à appliquer en limitant notamment le chauffage. Ce deuxième volet communiqué ce mercredi 11 octobre inclut notamment des incitations pour les entreprises de favoriser le télétravail, une obligation concernant l’éclairage des commerces et des subventions pour aider les ménages à s’équiper d’un thermostat électronique. 

Le niveau de la demande devrait être inférieur de 7% à 8% cet hiver par rapport à la situation pré-covid. Le gouvernement et les acteurs du marché sont confiants pour cet hiver, cependant les efforts de sobriété doivent continuer afin de ne pas être confrontés à des problèmes sur le réseau (délestages ou pannes). Pour rappel la France s’est donné pour objectif de réduire sa consommation d’électricité et de gaz de 10% d’ici fin 2024 par rapport à 2019.

Projet de réforme du marché de l’électricité de l’UE : des négociations dans l’impasse ? 

En l’absence d’une réforme du marché de l’électricité la volatilité sur les marchés européens pourrait augmenter. 

Les négociations sont pour le moment bloquées face aux divergences qui opposent certains Etats membres. La France et 9 autres pays européens plaident pour une moindre surveillance de la Commission européenne sur la manière dont les CFD bidirectionnels (comportant un plancher et un plafond) sont utilisés et dont leurs revenus potentiels sont redistribués.

L’Allemagne souhaite en revanche une surveillance stricte pour éviter que les gouvernements n’accordent à leurs entreprises un avantage concurrentiel qui entraverait l’intégrité du marché intérieur de l’UE. 

Selon Olaf Scholtz, la stratégie européenne de décarbonation doit reposer sur les économies d’énergie, l’efficacité énergétique, le nucléaire et le renouvelable. Le prochain conseil se tiendra le 17 octobre, l’Allemagne pourrait proposer une solution au différend sur le soutien financier à l’énergie nucléaire française.  

Prix de l'électricité
Prix de l’électricité – Source EEX – 13/10/2023

Après plusieurs semaines de baisses des prix sur les marchés de l’électricité, les courbes de long terme se sont fortement redressées à la hausse cette semaine. 

Bien que les capacités de productions nucléaires soient en « constantes » améliorations, une prime de risque additionnelle semble apparaître à l’approche de l’hiver. Le gouvernement français et les pays membres de l’UE mettent toujours l’accent sur les actions permettant de baisser la consommation d’électricité afin d’apaiser les potentielles tensions sur le réseau. Les regards sont désormais rivés sur les négociations quant à la réforme sur marché de l’électricité au niveau européen. Verra-t-on l’introduction des CFD (Contract For Difference) tels que la France le souhaite ? 

Après cette forte hausse des prix, nous pouvons nous atteindre à un apaisement sur les marchés et à une correction baissière sur les prochains jours. 

Tristan Baudu, Analyste Pricing chez Capitole Energie

Marché du gaz

Cela fait plus d’un an qu’une hausse aussi brutale n’avait pas été observée sur le marché du gaz. Depuis maintenant plusieurs mois, celui-ci atteste d’une stabilité plutôt convaincante. Les efforts réalisés par l’ensemble des pays européens sur l’offre et la demande portent leurs fruits. Cependant, l’ensemble des politiciens énergétiques réalisent qu’il y a encore du chemin à parcourir. En effet, l’interdépendance énergétique entre l’UE et les pays producteurs de gaz est encore beaucoup trop présente. 

Plus en détail, l’ensemble des produits gaziers toute temporalité confondue, a subi une hausse cette semaine. Le contrat PEG CAL 24 par exemple, a clôturé à 55,905 €/MWh pour une livraison en 2024 (EEX PEG NATURAL GAS FUTURES Cal-24) le vendredi 13 septembre, soit 10,92 €/MWh de plus en une semaine (+ 24,27%). A noter que les calendaires plus lointains ont aussi connu des augmentations mais dans des proportions moindres contrairement aux bourses plus court-termes qui ont été davantage impactées. 

Une actualité assez mouvementée

Comme énoncé dans les précédentes prévisions, les évènements ayant eu lieu dernièrement ont eu des conséquences inéluctables sur l’ensemble des bourses gazières. Ceux-là ont principalement impacté l’offre de gaz mondiale. C’est notamment le cas du champ gazier TAMAR qui a stoppé son activitée suite aux tensions géopolitiques en Israêl. Ensuite, les mésententes récemment observées en Australie entre les salariés du GNL australien et la direction ne sont pas prêts de s’estomper. De ce fait, une nouvelle grève est susceptible de reprendre, ce qui a pu créer des tensions sur le marché du gaz.

Dans ce contexte assez particulier, faut-il voir le verre à moitié rempli ?  

Si nous analysons cette situation d’un œil plus aguerri, nous pouvons remarquer que les récents évènements ont principalement impacté les produits plus court terme au détriment des produits long terme. Nous pouvons donc déduire que cette hausse est susceptible de s’estomper dans le temps, étant donné la nature conjoncturelle des évènements. 

Quel avenir pour le marché gazier ? 

En dépit de l’accroissement des prix du gaz cette semaine, le marché devrait passer l’hiver avec seulement quelques égratignures. 

En effet, les experts énergétiques sont assez optimistes quant à l’avenir des bourses gazières pour les mois à venir. Des stocks très confortables associés à une demande contrôlée confortent ce scénario.

A plus long terme, les nouvelles sont aussi rassurantes. Dans un premier temps, la demande de gaz devrait diminuer dans les prochaines années à venir. L’efficacité énergétique, l’essor des énergies renouvelables et le développement de nouvelles capacités GNL pourraient permettre d’atténuer les tensions sur le marché. 

Dans un second temps, l’avènement de nouvelles technologies pourra permettre de mieux optimiser la consommation de gaz.

Prix du gaz - Source EEX - 13/10/2023
Prix du gaz – Source EEX – 13/10/2023

Après avoir subi d’importantes turbulences, le marché repart à la baisse en ce début de semaine. En outre, il ne faudrait pas crier victoire trop vite.  Il y a encore trop d’incertitudes liées à l’offre de gaz.  En plus d’être perturbé par les récents évènements,  l’approvisionnement en gaz des pays européens présente une certaine vulnérabilité. Le sabotage des différentes infrastructures norvégiennes constitue le principal facteur. En l’espace d’une année, des gazoducs sous-marins ont été vandalisés à deux reprises. Les instances norvégiennes ont donc intensifié leurs efforts dans le but de protéger au mieux les infrastructures, afin d’assurer un ravitaillement constant auprès des pays de l’UE. Au vu de tous ces éléments, les prix du gaz devraient donc repartir légèrement à la hausse pour les prochaines semaines.

Yanice Meguenni, Analyste Pricing chez Capitole Energie

Marché du pétrole

Cette semaine, les prix mondiaux du brut ont fortement fluctué pour bondir à la hausse le vendredi 13 octobre clôturant à 90,89 $/baril (BRENT, livraison en décembre 2023), soit 6,31 $/baril de plus sur le vendredi précédent (+7,46%). Le contexte géopolitique tendu et incertain au Moyen-Orient a largement contribué au retournement des prix de court terme. Nous en parlons plus bas.

Un contexte géopolitique très tendu au Moyen-Orient

L’actualité mondiale a été perturbée par la recrudescence des tensions sur toute la zone du Golfe persique, par où transite encore aujourd’hui une grande partie du pétrole brut mondial. Les frappes du Hamas sur Israël, ainsi que la réponse guerrière du Premier Ministre israélien Benyamin Netenyahou n’ont pas rassuré les acteurs du marché. Bien au contraire. Bien que pour l’heure l’impact sur l’équilibre entre offre et demande reste moindre, les craintes de propagation du conflit armé avec l’intervention des Etats-Unis sur l’Iran (par des sanctions économiques), qui soutient les autorités palestiniennes, suffisent à faire grimper les cours. Si en milieu de semaine la fluctuation des prix semblait s’être stabilisée, chaque nouvelle annonce du devenir du conflit échaude les esprits des investisseurs. Pour rappel, début octobre, les cours observaient une tendance baissière claire depuis plusieurs semaines, dans un contexte de demande mondiale morose du fait de perspectives économiques pessimistes, malgré les pressions déjà exercées sur l’offre. Aujourd’hui, l’incertitude reste le maître-mot sur le marché. De manière générale, cette incertitude ambiante suffit à orienter les cours, au-delà des observations réelles.

L’AIE alerte sur de possibles pénuries de diesel cet hiver en Europe

Le jeudi 12 octobre, la publication du rapport mensuel de l’Agence Internationale de l’énergie (AIE) alertant sur de possibles pénuries de diesel en Europe cet hiver a soutenu la tendance haussière des prix du brut. Ajoutant de la tension dans un contexte actuel déjà défavorable, cette mise en garde de l’AIE sur l’approvisionnement ne vient pas à point nommé. En effet, l’embargo de l’UE sur le brut russe, en vigueur depuis 10 mois, reste une source d’incertitude. Même si l’Iran a démenti l’attaque massive lancée en Israël, la possibilité de sanctions économiques américaines est probable, et est scrutée par les investisseurs.

Les stocks américains bondissent

Durant la semaine achevée le 6 octobre, les réserves commerciales de brut ont augmenté de 10,2 millions de barils, à contre-courant des prévisions. Les analystes tablaient en effet plutôt sur un recul. Quant aux stocks d’essence, ils ont observé une baisse de 1,3 millions de barils, encore une fois plus qu’anticipé. Selon les chiffres publiés par l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), la hausse de la production et la baisse des exportations sont à l’origine de cette hausse des réserves de brut.

La production s’est stabilisée à 13,2 millions de barils/jour, soit 300 000 de plus que la semaine précédente. Quant aux exportations, elles ont baissé de presque 1,9 millions de barils/jour. Enfin, le taux d’utilisation des capacités des raffineries a baissé de 85,70 %, ce qui a mécaniquement augmenté les stocks de brut, non raffiné donc. Bien que cet état des stocks américain ait plutôt un effet baissier sur les cours, le contexte géopolitique prime sur tout le reste.

Il semblerait néanmoins que les craintes économiques ne soient pas très loin, surtout si le conflit trouve une issue « favorable » ces prochains jours/semaines. Par ailleurs, selon de nombreux analystes, la probabilité de voir fermer le détroit d’Ormuz, unique point de passage pour les exportations de plusieurs producteurs important de la région, semble très faible. L’avenir nous le dira.

En résumé, les craintes géopolitiques ont pris le dessus sur le sentiment général. Les investisseurs inquiets de voir le conflit s’étendre et causer des pénuries restent attentifs et frileux au sujet de l’évolution de la situation dans la région. Les perspectives économiques restent toutefois pessimistes, comme le montre l’état des réserves commerciales américaines, ce qui nuance quelque peu le discours. Quand la crise sera passée, les considérations économiques devraient revenir sur le devant de la scène, reste à savoir quand.

Loïc Arilaza, Analyste Pricing chez Capitole Energie

Marché du charbon

Au sujet du charbon, le prix de long terme (ICE API 2 Rotterdam Cal-24) pour une livraison en 2024 poursuit sa hausse pour clôturer à 138,82 $/t le vendredi 13 octobre, soit 19,70 $/t de plus en une semaine (+16,54 %). A court terme, la même tendance haussière s’observe. En effet, le contrat ICE API2 Rotterdam Coal Futures October 2023 (livraison en octobre) clôturait à 138,40 $/t le même jour, soit 15,60 $/t de plus sur le vendredi précédent.

Le conflit israélo-palestinien inquiète toute la sphère financière sur les marchés des matières premières. Bien que la situation n’impacte pour l’heure que très peu l’approvisionnement, l’incertitude apportée par l’instabilité dans la région inquiète le monde. Les prix du gaz en Europe ont déjà bondi, soutenu par les craintes de sabotage d’un pipeline reliant la Finlande et l’Estonie, ou encore la reprise des grèves sur des terminaux GNL en Australie. La nervosité est palpable, et le conflit reste la principale source de préoccupations.

Pour le charbon, plus particulièrement, les importations européennes pourraient atteindre prochainement leur plus bas, selon certains analystes, notamment les arrivages par voie maritime à destination de l’Allemagne. Il semblerait que le fret ferroviaire soit actuellement privilégié par les vendeurs, qui peinent à remplir suffisamment leurs containers transportés par bateau. Sur la partie nord-ouest de l’Europe, les importations de charbon thermique (pour la production d’électricité) devraient significativement décliné en novembre d’environ 0,1 million de tonnes comparé à septembre. Les prévisions côté offre sont donc plutôt pessimistes. De plus, les stocks européens déclinent également sur les principaux terminaux hollandais (EMO, OBA, ou encore EBS).

Bien que la demande d’électricité reste relativement faible pour la saison (du fait de températures toujours chaudes), les perturbations géopolitiques et la hausse des prix du gaz entraîne une forte hausse des prix à terme du charbon. A court terme, la même tendance se retrouve. Il donc faudra scruter les évolutions de marché avec attention.

Marché des émissions

Sur le marché européen d’échange de quotas d’émissions, les cours ont suivi la tendance haussière observée sur les marchés du gaz et du charbon thermique. Le vendredi 13 octobre, le contrat de référence ICE EUA FUTURES Dec.23 se négociait à 85,95 €/t, soit 5,49 €/t de plus en une semaine (+6,82 %).

L’instabilité générale finit par se ressentir sur le marché européen des émissions. La propagation du conflit au Moyen-Orient sur les régions limitrophes à Israël et à la Palestine pourrait causer des problèmes d’approvisionnement de pétrole brut. En Europe, l’approche des températures hivernales commence aussi à poser question, bien que les stocks restent confortables et la demande d’électricité  relativement faible. Les grèves australiennes qui courent depuis plusieurs semaines désormais sur plusieurs terminaux GNL apportent également de l’incertitude à un marché gazier qui n’en manque pas actuellement.

Le prix des EUA devraient donc se maintenir au-dessus du plancher de 80 €/t d’ici la fin de l’année, et ce malgré les faibles perspectives de croissance économique européenne. L’hiver apportera également son lot de surprise, et les températures plus ou moins douces apporteront du stress au réseau électrique. Les prix des hydrocarbures ont perdu leur stabilité, et les cours des EUA suivra de près ceux du gaz et du charbon thermique.

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