Nos experts vous présentent leur analyse complète de toute l’actualité sur les marchés de l’énergie à la date de clôture du 16 janvier 2026.
Marché de l'électricité
Électricité : quand le courant se tend, le marché parle vrai
Le marché de l’électricité européenne traverse une phase en apparence calme, mais traversée de signaux faibles qu’il serait imprudent d’ignorer. En toile de fond, le nucléaire français reste le pivot du système, mais un pivot désormais plus exposé aux aléas climatiques, techniques et surtout aux dynamiques de marché.
Les projections récentes de la CRE sur les recettes futures d’EDF ne doivent pas être lues comme une simple révision comptable : elles racontent la fin d’une époque. Celle d’un nucléaire largement décorrélé du marché, amortisseur automatique des chocs. Le cadre post-Arenh change la donne, rendant la production nucléaire plus sensible aux cycles de prix, donc aux tensions sur l’ensemble du mix.
À la une
Nucléaire français : l’illusion du raccourci
Naarea devait incarner la réponse française à la course mondiale aux petits réacteurs modulaires. En quelques années, la start-up s’était imposée comme un symbole d’audace technologique.
L’échec brutal de son rachat par Eneris agit aujourd’hui comme un révélateur cruel : derrière le discours ambitieux, la réalité industrielle reste implacable.
La dure loi du nucléaire
Le nucléaire n’est pas un secteur pour impatients. Cycles de développement interminables, contraintes réglementaires mouvantes, capitaux immobilisés pendant des décennies : Naarea s’est heurtée à tous les murs à la fois. La découverte d’un retard technologique et le poids d’une masse salariale élevée ont fini par refroidir le seul repreneur potentiel.
Un signal pour la filière SMR
Cet épisode dépasse le simple cas d’une start-up en difficulté. Il met en lumière les fragilités structurelles des SMR en Europe, coincés entre promesses politiques et frilosité des investisseurs. Le soutien public, aussi généreux soit-il, ne suffit pas à créer un champion industriel.
France 2030 à l’épreuve du réel
L’échec de Naarea pose une question centrale : la France sait-elle encore transformer une vision stratégique en projet industriel viable, surtout dans un secteur aussi exigeant que le nucléaire ?
L’essentiel à retenir ailleurs en Europe, par notre expert
EDF, la modulation qui dérange
Le rapport sur la modulation nucléaire tarde à sortir, officiellement pour des raisons techniques. Officieusement, il dérange. Vieillissement prématuré des équipements, phrases “instrumentalisables”, débat nucléaire-renouvelables explosif : le document tombe au pire moment politique.
Ukraine, l’hiver sous perfusion électrique
Face aux frappes russes, Kiev muscle ses importations d’électricité. Si cela ne suffira pas à combler le déficit, le pays accélère aussi le déploiement de solutions décentralisées. Une course contre le froid, et contre le temps.
Espagne, quand le marché déraille
Les annulations d’enchères intraday révèlent les fragilités opérationnelles du marché ibérique. Résultat : plus de volumes basculent vers le trading continu, au profit des acteurs les plus agiles, au détriment de la stabilité.
– Helder FARIA RUBIO,
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Marché du gaz
Gaz européen : l’illusion du confort dissipée par le froid
La remontée rapide des prix n’a rien d’un emballement irrationnel. Elle reflète une réalité simple et brutale : des stocks autour de 52 %, sensiblement sous les moyennes historiques, une météo plus froide que prévu, et une consommation qui repart à la hausse dès que l’hiver montre les dents. Chaque degré en moins agit comme un révélateur de vulnérabilité. L’inversion de la courbe été-hiver sur le TTF en dit long : l’inquiétude ne porte plus seulement sur la fin de saison, mais déjà sur la capacité à reconstituer les réserves après mars.
Le GNL joue encore son rôle d’amortisseur, grâce à une demande asiatique modérée et à une offre mondiale plus abondante. Mais cet équilibre reste fragile. Il suffirait d’un regain de demande en Asie ou d’un différentiel de prix plus attractif pour l’Europe pour raviver la concurrence sur les cargaisons. Le gaz européen n’est pas en crise, mais il évolue sans filet. Et sur ce marché, l’absence de filet se paie toujours plus cher que prévu.
À la une
Gaz russe : l’Europe siffle la fin de partie
Bruxelles avance à pas mesurés, mais déterminés. Le 26 janvier, les États membres doivent adopter le texte provisoire actant la sortie progressive du gaz russe.
Une fois signé puis publié au Journal officiel, le compte à rebours sera lancé : une interdiction juridiquement contraignante pourrait entrer en vigueur dès le printemps. Le symbole est fort, le signal politique limpide.
LNG et pipelines dans le viseur
Le cœur du texte est clair : plus de gaz russe, qu’il arrive par méthanier ou par pipeline. Les contrats courts sont les premiers sacrifiés, suivis des engagements de long terme dès 2027.
Même TurkStream, ultime artère encore ouverte, est condamné à moyen terme. L’Europe assume une rupture qui semblait impensable il y a encore trois ans.
Une dépendance déjà en chute libre
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. De 150 bcm en 2021, les flux russes sont tombés autour de 37 bcm en 2025. Le LNG russe recule, pendant que les volumes américains et moyen-orientaux prennent le relais. Le marché s’adapte, parfois dans la douleur, mais sans rupture majeure.
Le pari stratégique européen
En toile de fond, un pari : accepter une énergie plus chère et plus volatile pour retrouver une souveraineté politique. Le gaz n’est plus seulement une commodité. Il est devenu une arme, et l’Europe a décidé de ne plus la tenir du mauvais côté.
Tour d’horizon des autres faits marquants, par notre expert
Stocks sous pression, mais pas de panique
Les réserves européennes pourraient tomber sous les 30 % d’ici la fin de l’hiver. Un niveau inconfortable, certes, mais que l’abondance de LNG devrait compenser. Le vrai risque reste météorologique : un froid tardif et peu de vent suffiraient à tendre les prix.
L’Allemagne sécurise ses arrières
Berlin avance sur son plan de 12 GW de centrales à gaz. Objectif : garantir la sécurité d’approvisionnement tout en préparant, à terme, une conversion partielle à l’hydrogène. Un pragmatisme assumé, loin des slogans, pour soutenir l’industrie et stabiliser le système électrique.
LNG : afflux massif et nervosité des prix
Les importations de LNG ont bondi de 31 % en une semaine, dopées par des stocks bas et un coup de froid. Résultat : le TTF s’est tendu, flirtant avec ses plus hauts de l’année. Mais la météo plus clémente pourrait vite calmer le jeu.
L’ombre des tensions commerciales
Enfin, la menace de tarifs américains plane sur le marché. Une escalade commerciale pourrait, à terme, toucher le LNG. Preuve supplémentaire que l’énergie, aujourd’hui, se négocie autant dans les salles de marché que dans les chancelleries.
– Helder FARIA RUBIO
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Zoom sur l'énergie verte
Énergie européenne : abondance, milliards et nouvelles lignes de force
Garanties d’origine : la loi de l’abondance
Le marché européen des garanties d’origine continue de glisser doucement, comme un lac nordique sous la fonte printanière. La semaine écoulée a confirmé une tendance déjà bien ancrée : l’excès d’offre bride toute velléité de rebond. Les produits hydrauliques nordiques Cal 25 semblent avoir trouvé un plancher autour de 0,19-0,20 €/MWh, tandis que les échéances plus lointaines – Cal 26 à Cal 28 – accusent un repli plus marqué.
Le message est clair, 2025 est perçue comme largement sur-approvisionnée, et les acheteurs, déjà couverts, se font rares. Quelques acteurs commencent toutefois à se positionner sur 2026-2027, profitant de niveaux jugés plus attractifs. Sans surprise réglementaire ni réveil de la demande, le marché devrait rester sous pression, avec une volatilité diffuse mais peu de catalyseurs haussiers durables.
69 milliards pour verdir l’Europe
L’Union européenne a mis la main au portefeuille en 2024. Près de 69 milliards d’euros ont été consacrés à la décarbonation et à l’énergie, en hausse de 7 % sur un an. Derrière ce chiffre, une stratégie lisible. Infrastructures, neutralité climatique, réseaux et production électrique concentrent l’essentiel des fonds. Si le volume global de subventions recule, la priorité climatique, elle, ne faiblit pas. Directement financées par les budgets nationaux, ces aides rappellent que la transition énergétique reste un projet politique autant qu’économique, arrimé à l’objectif phare de neutralité carbone en 2050.
Hydroélectricité : la fin d’un tabou français
Après plus de dix ans de bras de fer avec Bruxelles, la France s’apprête à revisiter le cadre historique de son hydroélectricité. La proposition de loi déposée au Parlement acte un basculement majeur : sortir du régime de concession pour introduire un système d’autorisations, tout en préservant la propriété publique des barrages. En échange, EDF devra mettre sur le marché des capacités « virtuelles » sur vingt ans. L’enjeu dépasse le juridique : il s’agit de sécuriser l’investissement et de préparer un système électrique de plus en plus dépendant de la flexibilité, notamment via de nouvelles STEP.
Batteries : l’Europe accélère
Avec 6,2 GW ajoutés en 2025, le stockage par batteries signe une année record en Europe. Porté par la volatilité des marchés et des règles plus favorables, le secteur affiche des marges solides, même si très contrastées selon les pays. Le passage à des marchés spot en pas de 15 minutes a dopé les opportunités, tandis que les marchés d’équilibrage restent une source clé de revenus. L’opposition est frappante : stabilité allemande contre potentiel français plus élevé mais plus risqué. Une chose est sûre, les batteries sont désormais un pilier du système électrique européen.
– Helder FARIA RUBIO
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Avis