Nos experts vous présentent leur analyse complète de toute l’actualité sur les marchés de l’énergie à la date de clôture du 9 janvier 2026.
Marché de l'électricité
Électricité : un système sous tension
La météo, encore une fois, agit comme un anesthésiant temporaire. Le redoux attendu et le retour partiel du vent desserrent momentanément l’étau sur les prix, mais ils ne corrigent aucun des déséquilibres profonds du système. L’épisode de gel récent a servi de piqûre de rappel : lorsque le thermomètre chute, la demande explose et les renouvelables deviennent soudainement imprévisibles. Éolien à l’arrêt pour cause de givre, solaire neutralisé par la neige, et voilà les prix intraday qui s’emballent au-delà de 400 €/MWh.
La France n’échappe pas à cette mécanique. Le pic de consommation observé, inédit depuis plusieurs années, a transformé le pays en importateur net, malgré un parc nucléaire théoriquement robuste. La tempête Goretti a ajouté une couche de fragilité en rappelant que les infrastructures, elles aussi, sont exposées aux aléas climatiques.
À la une
Réseau sous tension : le choc berlinois
Berlin a connu ce week-end son plus grave blackout depuis la Seconde Guerre mondiale.
Un sabotage ciblé, revendiqué par un groupuscule écologiste radical, a plongé des dizaines de milliers de foyers dans le noir.
L’épisode agit comme un révélateur brutal : nos infrastructures énergétiques, aussi sophistiquées soient-elles, restent vulnérables.
La transparence qui fragilise
La profusion de données publiques — cartes, localisations, performances — transforme parfois la transparence réglementaire en véritable mode d’emploi pour saboteurs. Une ironie cruelle pour des systèmes conçus pour être sûrs et ouverts.
Sécurité vs marché
Le dilemme est désormais clair : comment concilier exigences de marché, interconnexions accrues et impératif de sécurité ?
La Commission européenne, par la voix de Dan Jorgensen, plaide pour des réseaux plus interconnectés, plus résilients, capables d’absorber chocs climatiques, cyberattaques et tensions géopolitiques.
Le risque zéro n’existe pas
Même avec des garde-fous renforcés, aucun expert n’ose promettre une protection totale. L’enjeu n’est plus d’éviter l’attaque parfaite, mais d’en limiter l’impact. Dans un monde instable, l’énergie devient une question de souveraineté autant que de kilowattheures.
L’essentiel à retenir ailleurs en Europe, par notre expert
Remit : le tour de vis réglementaire
Le régulateur européen ACER prépare une refonte des règles Remit. Objectif : muscler la lutte contre la manipulation de marché, étendre le reporting au GNL, au stockage gaz et, demain, à l’hydrogène. Plus de transparence, mais aussi plus de pouvoir d’enquête.
Centres de données : l’ogre électrique
L’Ademe alerte : la consommation électrique des data centers français pourrait être multipliée par quatre d’ici 2035. L’IA est vorace, et sans efficacité accrue, elle risque d’entrer en concurrence frontale avec l’industrie et les ménages, tout en alourdissant le bilan carbone européen.
CBAM : la ligne de fracture
La possible suspension des engrais du mécanisme CBAM fragilise la crédibilité de la politique climatique européenne. Entre protection des agriculteurs et signal-prix carbone, l’Europe marche sur un fil. Un faux pas, et c’est toute l’architecture climatique qui vacille.
– Helder FARIA RUBIO,
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Marché du gaz
Gaz : la douceur rassure, les fondamentaux inquiètent
Le marché gazier européen donne l’illusion d’un confort retrouvé. Les prix se sont détendus, repassant sous les 28 €/MWh, portés par des prévisions météorologiques plus clémentes et une Asie temporairement en retrait. Mais cette lecture est superficielle. Le cœur du problème demeure : les stocks européens évoluent à des niveaux sensiblement inférieurs aux normales saisonnières, après des soutirages rapides dès le premier vrai coup de froid. Le système fonctionne, certes, mais avec un coussin de plus en plus mince.
L’équilibre repose toujours sur deux piliers fragiles : la continuité des flux norvégiens et l’afflux de GNL. Or, le marché ne raisonne plus en abondance absolue, mais en marge disponible. Et cette marge se réduit dès que la météo se durcit ou qu’une indisponibilité technique survient. La demande reste solide, notamment en Europe du Nord, où les niveaux de consommation ont atteint des sommets récents.
À la une
L’axe gazier transatlantique
En 2026, l’équation énergétique européenne reste limpide : pour compenser la sortie progressive du gaz russe, l’Europe s’en remet toujours davantage au GNL américain.
Selon les acteurs de marché, jusqu’à 15 Gm³ de demande supplémentaire pourraient émerger, majoritairement absorbés par les États-Unis. Déjà premier fournisseur, Washington s’impose comme le pilier de la sécurité énergétique européenne, au prix d’une dépendance assumée.
Stocks bas, prix sous tension
Avec des stockages européens autour de 57 %, bien en dessous des niveaux de l’an dernier, la priorité est au remplissage. Cette urgence soutient les prix du TTF à des niveaux suffisants pour retenir les cargaisons flexibles dans l’Atlantique, au détriment parfois de l’Asie, plus volatile mais toujours concurrente.
L’ombre des retards et de l’Asie
Toutefois, les retards dans les nouveaux projets de liquéfaction américains limitent l’élan attendu.
En parallèle, la reprise de la demande asiatique pourrait rapidement détourner des volumes, rappelant que le marché mondial du GNL reste un jeu d’arbitrages permanents.
Géopolitique, le joker dangereux
Le vrai risque, enfin, est politique. Les tensions autour du Groenland et les menaces sur l’accord UE–US placent l’Europe dans une impasse stratégique : dépendre du GNL américain tout en contestant son partenaire clé. Une corde raide énergétique, tendue au-dessus d’un marché déjà fébrile.
Tour d’horizon des autres faits marquants, par notre expert
Italie : le gaz, toujours pilier électrique
La demande gazière italienne progresse modestement, tirée par la production thermique. Le GNL s’impose comme première source d’approvisionnement, dominée par les cargaisons américaines. Malgré des efforts sur la production nationale, Rome confirme que le gaz reste l’amortisseur indispensable de son système électrique.
Roumanie : pari stratégique sur le gaz
Le financement de la centrale de Mintia illustre le retour en force du gaz dans l’Est européen. Puissante et interconnectée, elle renforce la sécurité régionale, même si son coût élevé interroge sa compétitivité à long terme.
Pays-Bas : bascule historique
En 2025, les importations de GNL dépassent pour la première fois le gaz par pipeline. Moins de consommation industrielle, plus de gaz pour équilibrer l’éolien et le solaire : le système néerlandais incarne la transition… sous perfusion de GNL.
– Helder FARIA RUBIO
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Zoom sur l'énergie verte
La transition énergétique à l’épreuve du politique
Offshore américain : le bras de fer judiciaire
Le contentieux engagé par Equinor contre l’administration américaine marque un tournant symbolique. En attaquant l’ordre de suspension de son projet éolien offshore Empire Wind (810 MW), le groupe norvégien ne défend pas seulement un actif : il conteste l’imprévisibilité réglementaire d’un pays qui fut, hier encore, l’eldorado des renouvelables.
Equinor rappelle avoir respecté l’ensemble des exigences, y compris sécuritaires, depuis l’obtention de la concession en 2017. Mais sous la présidence de Donald Trump, l’éolien offshore est redevenu un champ idéologique. Après Orsted, c’est toute la crédibilité du cadre américain qui se retrouve fragilisée.
L’Espagne, laboratoire du solaire européen
Pendant que Washington freine, Madrid accélère. L’Espagne a raccordé plus de 10 GW de capacités renouvelables en un an, dominées par le solaire. Avec près de 68 % de son parc électrique désormais vert, le pays confirme sa trajectoire vers 160 GW d’ici 2030. Sous l’orchestration de Red Electrica, la dynamique est claire : industrialiser la transition. Les PPA, en forte croissance, sécurisent les revenus et transforment la péninsule ibérique en hub énergétique crédible pour l’Europe.
L’éolien offshore sous tension financière
Le gel américain inquiète au-delà de l’Atlantique. WindEurope alerte sur une montée du risque perçu par les investisseurs. Pour Henrik Andersen, patron de Vestas, l’incertitude politique pourrait renchérir le coût du capital. Après inflation et tensions industrielles, 2025 devient une année-test : non pas pour la technologie, mais pour la stabilité des règles du jeu.
Climat : l’Europe garde le cap
Le retrait américain du cadre onusien du climat n’ébranle pas la trajectoire européenne. Les engagements de l’UE vers la neutralité carbone restent juridiquement verrouillés, malgré le choc politique. Si certaines entreprises exposées aux projets américains pourraient souffrir, le recul de Washington laisse aussi un vide stratégique. Un espace que l’Europe — et surtout la Chine — pourrait occuper. La transition, elle, continue : moins spectaculaire, mais inexorable.
– Helder FARIA RUBIO
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
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