La sixième période des Certificats d’Économies d’Énergie redessine les contours du marché énergétique français.
Derrière les décrets et les coefficients d’obligation se cache une réalité économique implacable : une demande qui augmente, une offre qui peine à suivre… et des prix qui s’envolent.
Avis d’expert : Hassan Yatim
Analyste Pricing | Capitole Energie
« On pourra s’attendre à une augmentation générale des prix des CEE sur le marché étant donné la hausse des objectifs sur la période 2026-2030. Plus la demande d’obligation augmente (avec l’objectif national plus ambitieux), plus les obligés doivent acheter des CEE pour être en conformité ce qui fait monter les prix si l’offre ne suit pas immédiatement. »
Décryptage du déséquilibre structurel entre l’offre et la demande
Avec une hausse de 27,5 % des obligations pour la P6, le gouvernement impose aux fournisseurs d’énergie de produire — ou d’acquérir — davantage de certificats pour honorer leurs engagements réglementaires.
Cette contrainte crée une pression immédiate sur la demande, sans que l’offre de CEE ne puisse s’ajuster au même rythme.
Dans un marché où le coût des CEE découle directement de l’équilibre offre/demande, l’impact sur les cours devient inévitable.
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Une demande qui s’intensifie, portée par les ambitions de transition énergétique
Des volumes d’obligation revus à la hausse
D’une période à l’autre, l’État resserre les objectifs d’efficacité énergétique.
La P6 confirme cette trajectoire avec un objectif annuel de 1 050 TWh cumac, soit des volumes plus ambitieux et des obligations plus contraignantes.
Les obligés doivent donc se procurer davantage de CEE — ce qui accroît mécaniquement la demande globale sur le marché des certificats.
Les nouveaux coefficients d’obligation sont :
- En Électricité : 0,731 kWhc/kWh final (au lieu de 0,478 en P5)
- En Gaz naturel : 0,827 kWhc/kWh PCS (au lieu de 0,485 en P5)
- Coefficient Précarité : 0,364 (au lieu de 0,620)
L’élargissement du périmètre d’obligation
La baisse des seuils d’assujettissement (jusqu’à –93 %) vise à renforcer la contribution collective au financement des économies d’énergie. Elle élargit considérablement le périmètre des acteurs soumis au dispositif. Même si ces nouveaux entrants privilégient leurs segments d’activité, ils concourent sur le même marché unique des CEE.
Résultat : plus d’acheteurs, donc une concurrence renforcée sur un stock de certificats qui ne suit pas la même progression.
La complexification des gisements d’économies d’énergie
On les appelle les « gisements faciles » : il s’agit ici des opérations standardisées, peu coûteuses, à fort rendement, qui ont été largement exploités lors des périodes précédentes.
Les actions restantes exigent davantage de technicité, des investissements plus lourds et une mise en œuvre plus exigeante. Autrement dit, produire un CEE coûte plus cher et demande plus de temps.
… face à une offre contrainte par le renforcement réglementaire
Des fiches CEE plus strictes, générant moins de kWh cumac
Les arrêtés récents durcissent les exigences techniques :
- performances minimales rehaussées,
- preuves de conformité renforcées,
- prescriptions de pose plus détaillées.
Concrètement : un même projet d’efficacité énergétique génère moins de CEE qu’auparavant. Ce durcissement réduit mécaniquement les volumes de certificats produits.
Des contrôles renforcés et une tolérance zéro
Les audits deviennent plus fréquents, plus rigoureux, et les dossiers non conformes sont écartés. Le taux de rejet augmente, ce qui raréfie l’offre disponible sur le marché secondaire des CEE.
Des délais administratifs allongés
Délais de validation allongés, traitement plus exigeant des justificatifs, révisions fréquentes des fiches techniques… Chaque étape administrative ajoute de la friction à la production de certificats.
Conséquence directe : une hausse du cours des CEE
Le mécanisme est implacable :
- une demande qui s’intensifie (volumes, nouveaux obligés, obligations renforcées),
- une offre qui progresse plus lentement et coûte plus cher à produire,
- des volumes validés en baisse.
Résultat : le prix des CEE suit une trajectoire haussière structurelle.
Cette dynamique explique :
- la hausse des prix observée chez plusieurs fournisseurs d’énergie (+30 à +35 %),
- l’impact sur les contrats énergétiques dès le 1er janvier 2026 lorsque les CEE sont indexés,
- les disparités d’approche entre fournisseurs (CEE fixes versus CEE évolutifs).
Entreprises : les clés de la maîtrise
Les CEE ne constituent pas un surcoût arbitraire : ce sont des outils publics qui financent la transition énergétique et peuvent se transformer en opportunité si les travaux éligibles sont correctement identifiés et valorisés.
L’enjeu devient double :
- Anticiper l’impact de la hausse des CEE dans les négociations contractuelles et les budgets annuels,
- Mobiliser les dispositifs de prime pour compenser une partie des coûts et optimiser les investissements.
Dans un contexte où l’État accélère la cadence, les entreprises qui s’outillent, se forment et sécurisent leur stratégie d’achat énergétique prennent une longueur d’avance décisive.
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Notre objectif est toujours le même : vous faire gagner en visibilité, en maîtrise et en sérénité sur un poste devenu stratégique.
Autrice de cet article
Natalia Stanatchkov
Natalia a rejoint Capitole Énergie en octobre 2024 dans le cadre de son Mastère en Marketing Digital. Depuis, elle prête sa plume pour contribuer activement au blog de l’entreprise. Elle suit de près l’actualité du secteur, des tendances marché aux évolutions de l’entreprise, et s’attache à rendre l’information accessible, utile et synthétique pour vous, les professionnels qui nous lisent au quotidien.