Le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol), cadre mondial de référence en matière de comptabilisation des gaz à effet de serre, vient d’annoncer une consultation publique sur la révision de son guide Scope 2 — celui qui encadre la manière dont les entreprises déclarent les émissions liées à l’électricité qu’elles achètent. Une évolution technique en apparence, mais aux conséquences majeures pour la crédibilité du reporting climatique mondial.
🔦 Lumière sur les thèmes abordés dans cet article
GHG Protocol : qu'est ce que c'est ?
Créé en 1997 par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), le GHG Protocol a posé les fondations de la comptabilité carbone moderne.
C’est lui qui définit les trois grands périmètres d’émissions utilisés dans la plupart des bilans carbone :
- Scope 1 : les émissions directes, liées aux activités internes de l’entreprise ;
Scope 2 : les émissions indirectes associées à l’électricité, à la chaleur ou à la vapeur achetées ;
- Scope 3 : les émissions en amont et en aval de la chaîne de valeur (transport, fournisseurs, usage des produits, etc.).
Aujourd’hui, la majorité des cadres de reporting internationaux — dont les normes IFRS S2 et les ESRS de la directive européenne CSRD — s’appuient sur les standards du GHG Protocol. Autrement dit, toute entreprise soumise à des obligations de publication d’émissions est concernée, directement ou indirectement, par cette mise à jour.
Pourquoi cette révision du Scope 2 ?
Le guide Scope 2 actuel date de 2015.
En dix ans, le paysage énergétique mondial a profondément changé avec la décentralisation et complexité accrue du réseau, le développement massif des énergies renouvelables variables (solaire, éolien) et des marchés d’électricité devenus de plus en plus interconnectés et numériques.
Conséquence : les méthodes basées sur des moyennes annuelles ne reflètent plus la réalité physique de la consommation. Le risque de double comptage et de déclarations inexactes augmente, notamment pour les entreprises qui s’appuient sur des Garanties d’Origines ou des PPA (Power Purchase Agreements).
Le GHG Protocol explique vouloir améliorer la précision, la cohérence et la transparence des données déclarées, tout en réduisant les risques de double comptage.
Alexander Bassen, président du Conseil indépendant des normes du GHG Protocol, souligne :
« Dix ans après la publication de la norme Scope 2, une mise à jour est à la fois opportune et nécessaire […] Cette révision est l’occasion d’apporter des améliorations fondées sur la pratique et sur l’évolution des systèmes électriques, désormais plus propres et plus interconnectés que jamais. »
Deux changements majeurs à venir
Le projet de révision du Scope 2 introduit deux modifications clés qui vont redéfinir la manière dont les entreprises reportent leurs émissions liées à l’électricité.
La correspondance horaire et géographique
Désormais, les entreprises devront démontrer que l’électricité renouvelable qu’elles déclarent correspond bien au moment et à l’endroit où elle est consommée. Cette exigence de “correspondance horaire” (hourly matching) vise à garantir que les achats d’énergie propre reflètent la réalité physique du réseau électrique — et non une moyenne annuelle abstraite.
Des critères de qualité renforcés pour les instruments énergétiques
Le GHG Protocol introduit les “Scope 2 Quality Criteria”, une série de règles que devront respecter les contrats et certificats d’énergie (comme les PPA ou les garanties d’origine) pour être comptabilisés.
Objectif : éviter les déclarations trop optimistes et garantir que les réductions d’émissions revendiquées soient réelles, mesurables et vérifiables.
Une consultation ouverte jusqu’au 19 décembre 2025
Cette révision du Scope 2 s’inscrit dans un processus plus large de mise à jour de l’ensemble des normes du GHG Protocol.
La consultation publique, ouverte du 20 octobre au 19 décembre 2025, invite toutes les parties prenantes — entreprises, institutions, investisseurs, associations, experts — à déposer leurs commentaires via les formulaires disponibles sur le site officiel du GHG Protocol. Une deuxième consultation est prévue en 2026, avant la publication finale de la nouvelle norme en 2027.
En parallèle, une seconde consultation est ouverte sur la comptabilité “conséquentielle”, qui mesure les effets à l’échelle du système énergétique — par exemple, les émissions évitées grâce à des investissements dans la production d’énergie propre.
Concrètement, ce que cette révision implique pour les grandes entreprises
Derrière ces termes techniques se cachent des changements très concrets :
Les entreprises devront renforcer leurs systèmes de collecte de données énergétiques, capables d’enregistrer les consommations heure par heure ;
Les contrats d’approvisionnement en énergie renouvelable devront évoluer pour répondre aux nouveaux critères de “livrabilité” ;
Les responsables RSE et financiers devront collaborer davantage pour assurer la cohérence des données carbone et financières publiées.
Ce nouveau cadre renforcera la crédibilité des rapports carbone, mais il imposera aussi un saut de maturité en matière de gouvernance énergétique. Cette exigence de précision va de pair avec notre conviction : la transition énergétique repose sur la transparence.
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Autrice de cet article
Natalia Stanatchkov
Natalia a rejoint Capitole Énergie en octobre 2024 dans le cadre de son Mastère en Marketing Digital. Depuis, elle prête sa plume pour contribuer activement au blog de l’entreprise. Elle suit de près l’actualité du secteur, des tendances marché aux évolutions de l’entreprise, et s’attache à rendre l’information accessible, utile et synthétique pour vous, les professionnels qui nous lisent au quotidien.