57 réacteurs, 18 sites, 361,7 TWh produits en 2024 : voici l’état complet du parc nucléaire français, sa répartition géographique et ses perspectives de renouvellement.
Combien de centrales et de réacteurs fonctionnent actuellement en France ?
Le parc nucléaire français constitue l’une des infrastructures énergétiques les plus concentrées au monde. En 2026, la France exploite 18 sites nucléaires répartis sur son territoire, rassemblant 57 réacteurs à eau pressurisée pour une puissance installée totale de 62,9 GW. Cette architecture industrielle résulte de choix stratégiques pris dans les années 1970, lorsque le plan Messmer a lancé la construction en série de réacteurs standardisés. Aujourd’hui, ces installations représentent le premier pilier du système électrique national, avec une production cible de 360 TWh pour 2027 selon la Commission de régulation de l’énergie.
Liste des CNPE et des centrales EDF en activité
L’appellation officielle retenue pour ces sites est celle de centre nucléaire de production d’électricité (CNPE), terme qui désigne l’ensemble industriel regroupant un ou plusieurs réacteurs. EDF exploite 18 CNPE sur le territoire métropolitain, répartis selon une logique géographique qui privilégie la proximité des cours d’eau pour le refroidissement et l’éloignement des zones densément peuplées.
Ces 18 centrales se déclinent comme suit, classées par palier technologique :
Palier 900 MW (CP0, CP1, CP2) : Blayais (4 réacteurs), Bugey (4), Chinon (4), Cruas (4), Dampierre (4), Gravelines (6), Saint-Laurent-des-Eaux (2), Tricastin (4).
Palier 1 300 MW (P4, P’4) : Belleville-sur-Loire (2), Cattenom (4), Flamanville (2), Golfech (2), Nogent-sur-Seine (2), Paluel (4), Penly (2), Saint-Alban (2).
Palier N4 (1 450 MW) : Chooz (2), Civaux (2).
EPR (1 650 MW) : Flamanville 3 (1 réacteur, couplé au réseau en décembre 2024).
Cette standardisation par paliers a permis d’industrialiser la construction et de mutualiser les retours d’expérience, mais elle crée aussi une exposition systémique : un défaut identifié sur un palier peut entraîner l’arrêt simultané de plusieurs réacteurs, comme l’a montré la crise de corrosion sous contrainte en 2021-2022.
Nombre de réacteurs et puissance électrique du parc nucléaire français
Les 57 réacteurs à eau pressurisée en service se répartissent selon quatre niveaux de puissance distincts, correspondant aux générations successives de construction. Le palier 900 MW compte 32 tranches, constituant le socle historique du parc. Ces réacteurs, mis en service entre 1978 et 1987, forment la flotte la plus ancienne mais aussi la plus nombreuse.
Le palier 1 300 MW rassemble 20 tranches, conçues dans les années 1980 pour répondre à une demande croissante. Ces réacteurs, plus puissants, ont été déployés sur des sites disposant de capacités de refroidissement suffisantes.
Le palier N4, dernier échelon avant l’EPR, comprend 4 tranches de 1 450 MW mises en service entre 1996 et 2002. Ces réacteurs intègrent des améliorations de sûreté et de rendement par rapport aux générations précédentes.
Enfin, l’EPR de Flamanville, d’une puissance de 1 650 MW, représente la technologie de troisième génération. Couplé au réseau en décembre 2024 après 17 ans de chantier, ce réacteur incarne à la fois l’excellence technique française et les difficultés industrielles rencontrées par la filière.
La puissance installée totale du parc s’établit à 62,9 GW, soit l’équivalent de la consommation de pointe nationale en période hivernale. Cette capacité ne signifie pas pour autant une disponibilité permanente: le taux de disponibilité moyen du parc oscille autour de 73 %, en raison des arrêts programmés pour maintenance, rechargement du combustible et visites décennales.
| Centrale | Nombre de réacteurs | Palier technologique | Puissance unitaire (MW) | Mise en service (1er réacteur) |
|---|---|---|---|---|
| Blayais | 4 | CP1 | 900 | 1981 |
| Bugey | 4 | CP0 | 900 | 1979 |
| Chinon | 4 | CP1 | 900 | 1984 |
| Cruas | 4 | CP2 | 900 | 1984 |
| Dampierre | 4 | CP1 | 900 | 1980 |
| Gravelines | 6 | CP1 | 900 | 1980 |
| Saint-Laurent | 2 | CP1 | 900 | 1983 |
| Tricastin | 4 | CP1 | 900 | 1980 |
| Belleville | 2 | P4 | 1 300 | 1987 |
| Cattenom | 4 | P4 | 1 300 | 1986 |
| Flamanville | 2 | P4 | 1 300 | 1986 |
| Golfech | 2 | P’4 | 1 300 | 1991 |
| Nogent-sur-Seine | 2 | P4 | 1 300 | 1987 |
| Paluel | 4 | P4 | 1 300 | 1984 |
| Penly | 2 | P4 | 1 300 | 1990 |
| Saint-Alban | 2 | P4 | 1 300 | 1985 |
| Chooz | 2 | N4 | 1 450 | 1996 |
| Civaux | 2 | N4 | 1 450 | 1997 |
| Flamanville 3 | 1 | EPR | 1 650 | 2024 |
Production nucléaire en France : chiffres clés
La production annuelle du parc nucléaire français s’inscrit dans une trajectoire de redressement après la crise de 2022, année marquée par un niveau historiquement bas de 279 TWh. En 2024, la production a atteint 361,7 TWh, et la CRE anticipe une production de 360 TWh pour 2027, correspondant à un taux de disponibilité moyen de 73,2 % et un taux d’utilisation de 89,6 %. Pour la période 2026-2028, l’estimation retenue par le régulateur s’élève à 362 TWh par an.
Cette production représente environ 65 à 70 % du mix électrique français selon les années, faisant du nucléaire la première source d’électricité du pays. À titre de comparaison, l’hydraulique contribue pour environ 13 %, l’éolien pour 9 % et le solaire pour 5 %. Le nucléaire assure ainsi la base du système électrique, tandis que les énergies renouvelables et le thermique fossile interviennent en complément pour gérer les variations de la demande.
Sur le plan international, la France occupe le deuxième rang mondial en volume de production nucléaire, derrière les États-Unis qui exploitent 93 réacteurs pour une production d’environ 800 TWh par an. En revanche, la France détient la première place en part relative : aucun autre pays industrialisé ne dépend autant du nucléaire pour son approvisionnement électrique. Cette singularité confère à la France une empreinte carbone exceptionnellement faible pour son système électrique, inférieure à 50 g CO₂/kWh en moyenne annuelle, contre plus de 300 g pour l’Allemagne ou 400 g pour la Pologne.
Où sont situées les centrales nucléaires en France ?
Logique d’implantation des sites nucléaires français
L’implantation du parc nucléaire français obéit à une logique systémique précise, pensée dès les années 1970 pour conjuguer contraintes techniques, sûreté et équilibrage du réseau électrique. Les 18 sites de production s’égrènent ainsi le long des grands fleuves français — Loire, Rhône, Seine, Rhin, Meuse — et sur les façades maritimes de la Manche et de la mer du Nord. Trois critères structurels ont guidé le choix des sites : la proximité immédiate de cours d’eau importants pour assurer le refroidissement des réacteurs, l’implantation dans des zones à faible densité de population pour limiter l’exposition aux risques, et un maillage territorial permettant d’équilibrer production et consommation à l’échelle nationale.
Cette répartition géographique répond à une double exigence : garantir l’approvisionnement en eau nécessaire au fonctionnement des installations et rapprocher la production des bassins de consommation industriels et urbains.
Pour visualiser l’ensemble du parc et comprendre sa répartition, le lecteur peut consulter la carte interactive des installations nucléaires publiée par RTE ou celle de l’ASNR, qui recensent l’ensemble des CNPE en activité ainsi que les sites en démantèlement.
Centrales nucléaires dans le Nord de la France
Le quart nord du territoire concentre plusieurs installations majeures, positionnées pour alimenter les régions industrielles et densément peuplées. Gravelines, située dans les Hauts-de-France à proximité de Dunkerque, est la centrale la plus puissante de France avec ses 6 réacteurs de 900 MW, représentant une capacité installée totale de 5 400 MW. Ce site joue un rôle central dans l’approvisionnement énergétique du Nord et de la Belgique voisine.
Plus à l’est, Chooz, implantée dans les Ardennes en bordure de la Meuse, exploite 2 réacteurs du palier N4 de 1 450 MW chacun. En Normandie, deux centrales complètent ce maillage septentrional : Paluel, sur la Seine-Maritime, compte 4 réacteurs de 1 300 MW et couvre plus de 100 % des besoins de la région, tandis que Penly, également en Seine-Maritime, dispose de 2 réacteurs de 1 300 MW.
Cette concentration de capacités de production dans le Nord répond à la présence historique d’industries lourdes et à la densité démographique élevée de l’axe Lille-Dunkerque-Calais, tout en permettant des exportations vers les pays voisins.
Centrales nucléaires dans le Sud de la France
La vallée du Rhône constitue l’épine dorsale du parc nucléaire français dans le Sud. Quatre centrales se succèdent le long du fleuve sur à peine 200 kilomètres, formant l’une des zones les plus nucléarisées d’Europe. Le Tricastin, dans la Drôme, exploite 4 réacteurs de 900 MW et bénéficie de la proximité immédiate de l’usine d’enrichissement d’uranium Orano, ce qui en fait un site nucléaire au sens large, bien au-delà de la seule production d’électricité.
Plus au nord, Cruas (Ardèche) compte 4 réacteurs de 900 MW, tandis que Saint-Alban (Isère) dispose de 2 réacteurs de 1 300 MW du palier P4. Le Bugey, situé dans l’Ain à proximité de Lyon, exploite 4 réacteurs de 900 MW et constitue la centrale la plus ancienne encore en service, les réacteurs 2 et 3 ayant été mis en exploitation en 1979.
À l’ouest, Golfech (Tarn-et-Garonne) complète ce dispositif méridional avec ses 2 réacteurs de 1 300 MW implantés sur la Garonne. Ce corridor rhodanien assure une part considérable de la production nucléaire nationale et alimente les bassins de consommation lyonnais, marseillais et l’ensemble de l’arc méditerranéen.
Centrales nucléaires en Île-de-France et à proximité
Aucune centrale nucléaire n’est implantée en Île-de-France. Cette absence découle d’un arbitrage historique entre sûreté, densité de population et acceptabilité sociale : installer un CNPE dans une région regroupant près de 12 millions d’habitants aurait exposé une part trop importante de la population à un risque, même maîtrisé.
Pour autant, deux centrales se situent à proximité relative de la capitale et contribuent à son approvisionnement énergétique. Nogent-sur-Seine (Aube), située à environ 110 kilomètres au sud-est de Paris, exploite 2 réacteurs de 1 300 MW et constitue le site le plus proche de la capitale. Dampierre-en-Burly (Loiret), implantée sur la Loire à environ 130 kilomètres au sud de Paris, compte 4 réacteurs de 900 MW.
Ces deux installations assurent une partie de l’approvisionnement de l’Île-de-France via le réseau de transport haute tension géré par RTE, tout en maintenant une distance suffisante pour limiter l’exposition directe de la région parisienne. Cette proximité relative illustre la tension structurelle entre nécessité d’alimenter les bassins de consommation et impératif de sûreté territoriale.
Quelles sont les centrales nucléaires les plus emblématiques en France ?
Gravelines : la plus grande centrale nucléaire de France
Gravelines, dans le Nord, représente la plus grande capacité de production nucléaire de France. Ses six réacteurs à eau pressurisée de 900 MW chacun totalisent 5 400 MW de puissance installée, ce qui en fait la centrale la plus puissante d’Europe occidentale par le nombre de réacteurs. En 2025, le site a produit 32,27 TWh d’électricité, couvrant environ 60 % de la consommation électrique annuelle des Hauts-de-France.
Mise en service entre 1980 et 1985, Gravelines emploie environ 3 000 salariés et génère plus de 116 millions d’euros d’investissements annuels auprès d’entreprises locales. Le site illustre la logique de maillage territorial du parc français : implanté à proximité immédiate du tissu industriel dunkerquois et lillois, il assure l’approvisionnement d’une région historiquement électro-intensive. Depuis juillet 2023, deux réacteurs EPR2 supplémentaires sont à l’étude sur le site, confirmant son statut de hub énergétique structurant.
Chinon : la première usine nucléaire française
a été mise en service en 1963 la première centrale nucléaire française destinée à la production d’électricité : Chinon A1 (site de Chinon, Avoine). Il s’agissait d’un réacteur de la filière uranium naturel graphite gaz (UNGG), utilisant l’uranium naturel comme combustible, le graphite comme modérateur et le gaz carbonique comme fluide caloporteur.
Le site a ensuite évolué vers la filière à eau pressurisée avec la construction de quatre réacteurs de 900 MW (palier CP2), mis en service entre 1984 et 1988. Les trois réacteurs UNGG, arrêtés entre 1973 et 1990, sont actuellement en phase de démantèlement et ce processus se poursuivra jusqu’en 2060. La « Boule de Chinon », sphère métallique iconique du réacteur A1, accueille environ 2 000 visiteurs par an. En 2025, Chinon B a produit 23,5 TWh, soit 6,3 % de la production nucléaire française.
Flamanville : du palier P4 au premier EPR français
Flamanville, dans la Manche, incarne la tension entre continuité et rupture technologique. Le site compte deux réacteurs P4 de 1 300 MW, mis en service en 1986 et 1987, qui assurent depuis près de quarante ans une production stable. Mais c’est surtout la construction de Flamanville 3, le premier EPR (European Pressurized Water Reactor) français, qui a placé le site sous les projecteurs.
Ce réacteur de troisième génération, d’une puissance de 1 650 MW, a été couplé au réseau électrique national le 21 décembre 2024 à 11h48, après dix-sept ans de chantier — contre quatre ans et demi initialement prévus. Les retards cumulés et les surcoûts massifs ont fait de Flamanville 3 un symbole des difficultés industrielles de la filière nucléaire française contemporaine. Le chantier a néanmoins permis de reconstituer une chaîne de compétences et de valider des innovations de sûreté majeures, notamment quatre trains de sauvegarde indépendants au lieu de trois. L’EPR de Flamanville est désormais intégré au parc historique d’EDF et entre dans sa phase de montée en puissance progressive, sous le contrôle de l’ASNR.
Le Tricastin : un site nucléaire stratégique
Le centre nucléaire de production d’électricité compte quatre réacteurs de 900 MW, mais le site est surtout connu pour abriter l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse II, exploitée par Orano. Cette plateforme industrielle de 650 hectares constitue l’une des plus grandes installations nucléaires d’Europe.
L’usine Georges Besse II utilise la technologie de centrifugation pour enrichir l’uranium, transformant le tétrafluorure d’uranium (UF4) en hexafluorure d’uranium (UF6). En 2024, Orano a lancé un projet d’extension de 1,7 milliard d’euros visant à augmenter de plus de 30 % les capacités d’enrichissement du site d’ici 2030, dans un contexte de réduction de la dépendance européenne vis-à-vis du géant russe Rosatom. Le Tricastin incarne ainsi la dimension systémique du nucléaire français, où production d’électricité et maîtrise du cycle du combustible s’articulent sur un même territoire.
Quelle est l’histoire du nucléaire en France ?
Des pionniers de l’énergie atomique aux centrales de première génération
L’aventure nucléaire française débute dans les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Le 18 octobre 1945, le général de Gaulle signe l’ordonnance créant le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), sous la direction de Frédéric Joliot-Curie et Raoul Dautry. L’objectif est double : exploiter la fission nucléaire pour la défense nationale et développer des applications civiles, notamment dans la production d’électricité.
Les années 1950 voient l’émergence des premiers réacteurs expérimentaux : Zoé diverge en 1948, suivi de Phénix à Marcoule. Ces installations testent la filière uranium naturel graphite gaz (UNGG). En 1957 commence la construction de Chinon A1. Mis en service en 1963, ce réacteur de 70 MWe marque l’entrée officielle du pays dans l’ère de l’électricité nucléaire. D’autres centrales UNGG suivent rapidement : Saint-Laurent-des-Eaux, Bugey 1, construisant progressivement une filière nationale autonome. Cette période pionnière incarne l’ambition gaullienne d’indépendance énergétique et stratégique, dans un contexte où la maîtrise de l’atome représente un marqueur de souveraineté.
Du choc pétrolier de 1973 au programme électronucléaire massif
Le tournant décisif survient avec la crise pétrolière d’octobre 1973. La guerre du Kippour et l’embargo décrété par les pays arabes de l’OPEP font exploser les prix : la facture pétrolière française passe de 15 milliards de francs en 1972 à 52 milliards en 1974. Face à cette vulnérabilité, le Premier ministre Pierre Messmer annonce le 30 novembre 1973 un programme nucléaire d’ampleur inédite : treize centrales de 1 000 MW seront construites.
Cette décision, connue sous le nom de plan Messmer, s’accompagne d’un choix technologique structurant : l’abandon progressif de la filière UNGG au profit des réacteurs à eau pressurisée (REP) sous licence américaine Westinghouse. Entre 1975 et 2000, la France construit 58 réacteurs à eau pressurisée selon trois paliers de puissance — 900 MW, 1 300 MW et 1 450 MW — déployés sur l’ensemble du territoire.
Cette industrialisation massive transforme radicalement le mix électrique national : la part du nucléaire bondit de 5 % en 1973 à plus de 75 % au début des années 2000. Le rythme de construction atteint son apogée dans les années 1980, avec jusqu’à six réacteurs couplés au réseau certaines années. Ce programme sans équivalent mondial positionne durablement la France comme deuxième producteur d’électricité nucléaire après les États-Unis.
De la remise en question au retour en grâce de l’atome
Les accidents de Tchernobyl en 1986 puis de Fukushima en 2011 modifient profondément le débat public sur le nucléaire. Si la France maintient son parc en exploitation, la question de sa trajectoire énergétique devient un enjeu politique majeur. La loi de transition énergétique pour la croissance verte, promulguée en août 2015, fixe un objectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % de la production électrique à l’horizon 2025, puis 2035. Cette orientation se traduit par la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2020, première fermeture d’un site en activité pour des raisons politiques.
Mais dès 2022, le contexte géopolitique et climatique impose un revirement stratégique. Le 10 février 2022, dans son discours de Belfort, le président Emmanuel Macron annonce la construction de six nouveaux EPR2, avec des études pour huit réacteurs supplémentaires. Cette relance du nucléaire civil se concrétise dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée en février 2026 qui réaffirme le rôle central de l’atome : entre 380 et 420 TWh de production nucléaire visés à l’horizon 2035, contre environ 320 TWh aujourd’hui.
Le parc existant voit sa durée de vie prolongée au-delà de 50 ans, tandis que les premiers EPR2 devraient entrer en service à la fin des années 2030. Ce retour en grâce traduit une lecture stratégique renouvelée : face à l’urgence climatique et aux tensions sur les approvisionnements fossiles, le nucléaire redevient un levier de souveraineté et de décarbonation.
Quel avenir pour le parc nucléaire français : fermeture, démantèlement et renouvellement ?
Fermetures en cours, démantèlements engagés, six nouveaux EPR2 en préparation : le parc fait simultanément face à trois chantiers aux horizons temporels et aux contraintes budgétaires distincts.
Centrales en fin de vie : fermeture et phase de démantèlement
Fessenheim constitue le premier cas emblématique. Fermée en 2020 dans le Haut-Rhin, la centrale a obtenu en mai 2026 l’autorisation de démantèlement complet. Les opérations concernent l’ensemble de l’installation, y compris les bâtiments réacteurs des deux tranches. Le calendrier fixe l’achèvement au 30 juin 2048. Ce processus se déroule en quatre étapes : démantèlement proprement dit, assainissement des structures et des sols, démolition des bâtiments, puis réhabilitation du site.
D’autres installations sont déjà en phase de démantèlement. Brennilis, Chooz A, Bugey 1, et Creys-Malville — le prototype Superphénix — illustrent la diversité des configurations. La Cour des comptes souligne les difficultés d’arbitrage entre objectifs de délais et de coûts. Les charges de démantèlement doivent être provisionnées dès aujourd’hui dans les comptes des exploitants, afin d’éviter que le coût ne pèse sur les générations futures.
Pour les 57 réacteurs en service, la question de la prolongation se pose. Conçus pour quarante ans, ils peuvent être prolongés à cinquante puis soixante ans via les visites décennales et le programme de grand carénage. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) autorise ces prolongations au cas par cas, après vérification des équipements et renforcement des systèmes de sûreté.
Nouveaux EPR et projets de nouvelles centrales nucléaires en France
Le programme EPR2 prévoit la construction de six réacteurs de nouvelle génération, répartis sur trois sites : Penly en Seine-Maritime, Gravelines dans le Nord, et Bugey en Auvergne-Rhône-Alpes. Chaque paire de réacteurs développera 1 670 MW électriques. La première mise en service est prévue à Penly en 2038, avec un rythme de mise en service échelonné de 12 à 18 mois entre chaque réacteur. Le devis prévisionnel du programme s’établit à 72,8 milliards d’euros en valeur 2020.
Ce programme repose sur une construction en série pour renforcer la qualité et la sûreté tout en optimisant les coûts. L’EPR2 intègre le retour d’expérience de Flamanville 3, dont la construction s’est étalée sur dix-sept ans avec des surcoûts considérables. Le premier couplage au réseau de l’EPR de Flamanville a eu lieu en décembre 2024, après des années de retard. Les leçons tirées conditionnent directement la crédibilité du programme EPR2.
Au-delà de ces six réacteurs, une décision, qui représenterait 13 GW de puissance additionnelle, devrait intervenir avant la fin de l’année. Les petits réacteurs modulaires (SMR) constituent également une perspective plus lointaine, tout comme le projet ITER de fusion nucléaire.
Impact du renouvellement nucléaire sur le marché de l’électricité
Le renouvellement du parc nucléaire modifie structurellement les équilibres tarifaires. La Commission de régulation de l’énergie a fixé le coût de production nucléaire à 60,3 €/MWh pour la période 2026-2028 Cette évaluation sert de référence au Versement Nucléaire Universel (VNU), mécanisme qui remplace l’ARENH depuis le 1er janvier 2026.
Le VNU fonctionne selon une logique différente. EDF vend désormais sa production nucléaire au prix du marché, puis reverse une partie des revenus excédentaires selon des seuils prédéfinis. Lorsque les revenus dépassent le coût complet de 60,3 €/MWh, un prélèvement de 50 % s’applique. Au-delà d’un second seuil, le taux monte à 90 %. Cette redistribution bénéficie à l’ensemble des consommateurs, quel que soit leur fournisseur, sous forme de réduction tarifaire visible sur la facture.
Le mécanisme VNU redéfinit la structure des prix de l’électricité pour les entreprises. Nos experts analysent l’impact de ces évolutions tarifaires sur votre contrat d’énergie et vous accompagnent dans vos arbitrages d’achat. → Demander une analyse tarifaire personnalisée
La tension entre investissements massifs et compétitivité tarifaire structure les arbitrages à venir. Le programme EPR2 mobilise des dizaines de milliards d’euros, tandis que le démantèlement des installations arrêtées représente des charges provisionnées sur plusieurs décennies. Les charges de post-exploitation — démantèlement et gestion des déchets — sont intégrées au coût complet uniquement en cas de provisionnement effectif par EDF. Cette architecture financière conditionne la capacité du système à maintenir une production compétitive tout en renouvelant l’infrastructure.
| Type d’installation | Site | Date d’arrêt | Statut | Horizon de mise en service |
|---|---|---|---|---|
| Centrale fermée | Fessenheim (Haut-Rhin) | 2020 | Démantèlement autorisé (achèvement prévu 2048) | — |
| Centrale en démantèlement | Brennilis | 1985 | Déconstruction en cours | — |
| Centrale en démantèlement | Chooz A | 1991 | Déconstruction en cours | — |
| Centrale en démantèlement | Bugey 1 | 1994 | Déconstruction en cours | — |
| Centrale en démantèlement | Creys-Malville (Superphénix) | 1998 | Déconstruction en cours | — |
| Nouveau réacteur | Penly (Seine-Maritime) | — | Projet EPR2 (2 réacteurs) | 2038 |
| Nouveau réacteur | Gravelines (Nord) | — | Projet EPR2 (2 réacteurs) | 2039-2040 |
| Nouveau réacteur | Bugey (Auvergne-Rhône-Alpes) | — | Projet EPR2 (2 réacteurs) | 2040-2041 |
FAQ sur les centrales nucléaires en France
Les réacteurs nucléaires français ont été conçus initialement pour une durée d’exploitation de 40 ans. Cette durée constitue un horizon de design, non une limite absolue. Depuis, EDF engage des programmes de prolongation encadrés par l’ASNR (Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection), qui impose des visites décennales approfondies pour autoriser la poursuite d’exploitation. Le programme de grand carénage, lancé en 2014, vise précisément à rénover et moderniser les centrales pour leur permettre d’atteindre 50 ans, puis potentiellement 60 ans. Selon la Cour des comptes, cette prolongation reste économiquement avantageuse et compétitive par rapport à la construction de nouveaux réacteurs. Au-delà de 60 ans, des études sont en cours pour déterminer les critères techniques qui autoriseraient ou empêcheraient une exploitation encore plus longue.
La sûreté nucléaire repose sur le concept de défense en profondeur : plusieurs barrières successives limitent la propagation de la radioactivité et préviennent les accidents. Chaque centrale EDF est inspectée une vingtaine de fois par an. Ces inspections vérifient les équipements, les modes opératoires, l’organisation et les compétences des équipes. Elles s’appuient sur l’expertise technique de l’IRSN. Le retour d’expérience post-Fukushima a conduit à renforcer la robustesse des installations face aux situations extrêmes (inondations, séismes, pertes totales d’alimentation électrique). La France a ainsi intégré des moyens supplémentaires de refroidissement d’urgence et renforcé l’indépendance des systèmes de sûreté, dans une logique d’amélioration continue.
Le terme « centrale nucléaire » désigne précisément un centre nucléaire de production d’électricité (CNPE), comme Gravelines ou Bugey. Ces installations exploitent la fission nucléaire pour produire de la chaleur, convertie ensuite en électricité. Le terme « usine nucléaire », en revanche, est utilisé de manière plus générique et peut englober l’ensemble des installations du cycle du combustible : enrichissement de l’uranium (comme l’usine Orano du Tricastin), fabrication du combustible, retraitement des combustibles usés (usine de La Hague) ou production de combustible MOX. Ainsi, lorsqu’on parle d’usine nucléaire, on évoque souvent une installation industrielle qui ne produit pas nécessairement de l’électricité, mais qui participe à l’amont ou à l’aval du cycle du combustible. Cette distinction sémantique reflète la diversité des installations qui composent la filière nucléaire française.
La filière nucléaire française représente environ 220 000 emplois directs et indirects, soit près de 7 % de l’emploi industriel national. Avec la relance du nucléaire et le programme de prolongation du parc, la filière anticipe 100 000 recrutements supplémentaires d’ici 2033, soit environ 10 000 postes par an. Chaque site emploie entre 500 et 3 000 salariés permanents, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers d’intervenants lors des arrêts de tranche programmés. RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité, coordonne l’intégration de cette production dans le système électrique national, garantissant ainsi la continuité du service en France.
La gestion des déchets radioactifs distingue trois catégories selon leur niveau d’activité et leur durée de vie. Les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) sont stockés en surface dans des centres dédiés comme celui de l’Aube. Les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL), issus principalement du retraitement des combustibles usés à La Hague, posent un défi de long terme. La solution retenue par la France est le stockage géologique profond via le projet Cigéo, prévu à Bure (Meuse), enfouira les déchets à environ 500 mètres de profondeur dans une couche d’argile imperméable, selon un principe de réversibilité. Le projet vise à isoler durablement ces matières de la biosphère, tout en permettant une surveillance et, si nécessaire, une récupération des colis pendant plusieurs décennies. Cette stratégie de gestion des déchets radioactifs s’inscrit dans une logique de responsabilité intergénérationnelle.
La plus grande centrale nucléaire de France est Gravelines, dans les Hauts-de-France. Avec 6 réacteurs à eau pressurisée de 900 MW, elle totalise 5 400 MW de puissance installée — un record en Europe occidentale. Sa régularité industrielle de fonctionnement en fait le pilier de l’approvisionnement électrique du Nord et un site stratégique pour les échanges transfrontaliers avec la Belgique.
La France compte 18 centrales nucléaires en service en France, exploitées par EDF. Parmi les installations nucléaires en France : Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent, Tricastin (palier 900 MW) ; Belleville, Cattenom, Flamanville, Golfech, Nogent-sur-Seine, Paluel, Penly, Saint-Alban (palier 1 300 MW) ; Chooz, Civaux (palier N4) ; et Flamanville 3 (EPR). La date de mise en service du premier réacteur varie de 1979 (Bugey) à 2024 (Flamanville 3).
La production d’une centrale électronucléaire dépend de sa puissance installée et de son taux de disponibilité. Un réacteur de 900 MW produit en moyenne 5 à 6 TWh par an. À titre de comparaison, une centrale au charbon de même puissance émet plus de 900 g de CO₂/kWh, contre moins de 5 g pour le nucléaire. Deuxième producteur d’électricité d’origine nucléaire au monde, la France a produit 361,7 TWh en 2024 : aucun pays n’atteint une telle part d’électricité d’origine nucléaire au monde dans son mix. Ce volume de production d’électricité d’origine nucléaire au monde en fait une référence pour la décarbonation des systèmes électriques.
La première centrale nucléaire française destinée à la production d’électricité est Chinon A1, mise en service en 1963 sur le site d’Avoine, en Indre-et-Loire. Elle appartenait à la filière uranium naturel graphite gaz (UNGG). Ce réacteur de 70 MWe marque l’acte fondateur de l’électronucléaire en France, avant le déploiement massif des réacteurs à eau pressurisée à partir du plan Messmer (1973).
En 2026, 18 centrales nucléaires sont en exploitation active, rassemblant 57 réacteurs à eau pressurisée en service en France. Toutes sont opérées par EDF sous contrôle de l’ASNR. Les réacteurs couvrent quatre paliers technologiques : 900 MW, 1 300 MW, 1 450 MW (N4) et 1 650 MW (EPR). Seule Fessenheim a été définitivement fermée en 2020 et est en cours de démantèlement.
Oui. La France dispose d’une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire — les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) — et du porte-avions Charles de Gaulle, seul porte-avions nucléaire non américain en service. Par ailleurs, la filière développe des réacteurs à neutrons rapides au sodium (RNR-Na) pour les réacteurs de 4e génération, ouvrant des perspectives au-delà de la seule production d’électricité.