Chaque semaine, retrouvez notre analyse sur l’évolution des marchés de gros de l’électricité, du gaz naturel et de l’énergie verte. Une lecture de 8 à 10 minutes pour comprendre ce qui se passe sur les marchés et, surtout, ce que cela signifie pour votre contrat d’énergie.
Analyse de la semaine — clôture au 9 octobre 2026.
Prix de l’électricité | Cours de l’électricité en France
Hydraulique à sec : l’hiver se joue déjà sur les prix
Électricité · Clôture au 9 octobre 2026 · Source : EEX © Capitole Énergie
CAL 27
102,18 €/MWh
CAL 28
63,14 €/MWh
CAL 29
58,61 €/MWh
CAL 30
60,6 €/MWh
La semaine a été marquée par une envolée des prix à terme en France, le CAL-27 gagnant plus de 8 % en cinq jours pour clôturer à 102,18 €/MWh. Il a franchi la barre symbolique des 100 €/MWh jeudi, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis fin 2023. Le contrat a doublé depuis janvier et affiche +68 % sur un an. Le mouvement s’étend aux échéances suivantes, avec une intensité bien moindre. Cette hausse s’explique avant tout par la remontée du gaz à l’approche de l’hiver.
Le second facteur est la tension sur l’offre française. Seuls 58 % du parc nucléaire produisent et l’hydraulique, pénalisée par la sécheresse, ne délivre que 15 % de sa capacité. Le système est donc très souvent marginal au gaz lors de la pointe du soir. Le marché intègre ainsi une prime de risque sur 2027, avec près de 40 €/MWh d’écart avec le CAL-28, ce qui montre qu’aucune pénurie durable n’est anticipée. Côté technique, le premier support se situe à 84 €/MWh.
Électricité : Une offre sous contrainte, des prix en tension
Le seuil des 100 €/MWh a cédé la semaine dernière. Le CAL-27 l’a dépassé jeudi, avant de terminer vendredi à 102,18 €/MWh, un niveau qu’il n’avait plus connu depuis fin 2023. Derrière ce cap symbolique, un gaz en forte hausse à l’approche de l’hiver et un système électrique français qui n’a presque plus de réserve.
France : une offre sous forte contrainte
Moins de 40 GW de capacité nucléaire étaient en production sur un parc de 63 GW, soit 58 % du potentiel installé, tandis que l’hydraulique, affectée par la sécheresse, ne délivrait que 15 % de ses capacités. La marge mobilisable immédiatement était limitée à 4 %. En pointe du soir, les centrales à gaz sont donc très fréquemment sollicitées comme moyen marginal, ce qui renchérit les prix à terme.
Sécheresse : un record historique à portée
Les réductions de production d’origine environnementale ont dépassé 14 TWh, et le record de 2003 devrait être battu. L’arrêt de 3 GW dans le nord, prolongé jusqu’au 23 octobre faute de débit suffisant de la Meuse, en représenterait 40 %. Une prolongation jusqu’en novembre n’est pas exclue, les quinze prochains jours devant rester plus secs que la normale.
Hiver : des sommets de trois ans
Les contrats de novembre et de janvier ont atteint jeudi 166,38 €/MWh et 175,40 €/MWh, leurs plus hauts niveaux depuis trois ans.
CAL-28 : le contrat à surveiller
Le CAL-28 avait clôturé à un plus haut de 64,16 €/MWh le 10 septembre, avant de reculer à 62,29 €/MWh le 8 octobre, alors que le CAL-27 poursuivait sa hausse. Le marché valorise donc avant tout une tension conjoncturelle concentrée sur 2027. Toutefois, le contrat a rebondi à 63,14 €/MWh vendredi, à moins de 1 €/MWh de son sommet. Une cassure de ce niveau signalerait une diffusion de la tension aux années suivantes.
Faits marquants électricité – semaine du 5 au 9 octobre 2026
Royaume-Uni : les Verts assouplissent leur position sur le nucléaire
Le parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles abandonne son opposition de principe à l’atome : sa motion permet désormais de soutenir de nouveaux réacteurs au cas par cas. Le parti plaide pour le maintien du parc existant, qui assure 12,2 % de la production britannique, tout en gardant l’éolien et le solaire au sommet de sa hiérarchie. Un revirement partiel par rapport à son programme de 2024, qui prévoyait la sortie progressive du nucléaire.
France : l’EPR2 attend le feu vert de Bruxelles d’ici fin 2026
La France table sur l’accord de la Commission européenne avant la fin de l’année pour financer six réacteurs EPR2 (environ 10 GW, 72,8 milliards d’euros de 2020), afin de prendre la décision finale d’investissement. Le gouvernement défend une politique « sur deux jambes » : le nucléaire pour la base, le renouvelable pour accompagner l’électrification.
Hiver 2026-27 : des prix électriques « surévalués » selon ICIS
Les contrats d’électricité pour l’hiver intègrent une prime de risque pouvant atteindre 30 €/MWh, jugée excessive au regard des prix actuels du gaz. Elle est la plus élevée aux Pays-Bas, en Italie, en Autriche et en France (20 à 30 €/MWh), et la plus faible en Espagne (5 à 10 €/MWh). ICIS table sur une production solaire et éolienne en hausse de 27 % et 11 %, qui ferait reculer la production à partir de gaz de 17 %.
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Prix du gaz | Cours du gaz en France
Gaz : Quand l’hiver s’installe dans les prix
Gaz · Clôture au 9 octobre 2026 · Source : EEX © Capitole Énergie
CAL 27
64,265 €/MWh
CAL 28
40,586 €/MWh
CAL 29
30,905 €/MWh
CAL 30
26,586 €/MWh
Le marché du gaz a fortement progressé la semaine dernière. Le CAL-27 a gagné près de 6 €/MWh en cinq jours pour clôturer vendredi à 64,265 €/MWh, soit plus de 10 % de hausse. Le mouvement s’est enclenché dès mardi et s’est prolongé chaque jour jusqu’à la clôture.
La hausse s’est propagée à toute la courbe, avec une intensité qui s’atténue à mesure que l’échéance s’éloigne : le CAL-28 a pris un peu plus de 2 €/MWh, le CAL-29 moins de 1 €/MWh, et les échéances suivantes très peu. La courbe reste en backwardation marquée, avec près de 24 €/MWh d’écart entre le CAL-27 et le CAL-28. Le marché valorise donc avant tout une tension immédiate sur l’hiver, sans anticiper qu’elle s’installe durablement..
Les stocks européens, remplis à 73,2 %, sont au plus bas pour cette période de l’année depuis 2011, et le GNL est devenu la principale source de flexibilité. Les tensions autour du détroit d’Ormuz et la menace d’un ouragan sur les exportations américaines ont renforcé la hausse, tandis qu’une météo clémente en a limité l’ampleur.
Gaz : l’Europe face à son hiver le plus fragile
Le gaz européen a retrouvé de la vigueur vendredi, les craintes sur l’approvisionnement l’emportant sur une météo clémente. Avec des stocks historiquement bas, l’Europe aborde l’hiver avec peu de marge d’erreur.
TTF : un rebond en fin de semaine
Le contrat néerlandais a gagné 1,69 €/MWh vendredi pour clôturer à 80,54 €/MWh, après être tombé à 76,27 €/MWh en séance. Il restait pénalisé par des prévisions douces, des stocks en hausse et des importations de GNL élevées, avec des températures attendues à 0,6 °C au-dessus des normales en Allemagne.
Ormuz : le risque géopolitique revient
Le trafic dans le détroit a reculé après plusieurs attaques contre des navires, alors que l’Iran cherche à en reprendre le contrôle. Ce regain de tension fait craindre une concurrence plus vive avec l’Asie pour le GNL cet hiver.
Ouragan : une menace finalement limitée
Isaias, premier ouragan nommé de la saison atlantique, faisait peser un risque sur l’usine de GNL de Plaquemines en Louisiane. L’impact sur les exportations américaines devrait rester limité, avec une production offshore brièvement interrompue et des effets surtout du côté de la demande, en raison des coupures de courant.
Hiver : un risque sur la demande
En cas d’hiver rigoureux et de raréfaction du GNL, la pression sur le système augmenterait rapidement. Même avec un approvisionnement en GNL optimal, la demande non satisfaite pourrait atteindre environ 7 % de la demande totale, soit 22 milliards de mètres cubes. Les prix élevés de l’énergie devraient d’ailleurs conduire l’industrie européenne à réduire dès à présent sa consommation de gaz.
Faits marquants gaz – semaine du 5 au 9 octobre 2026
Grèce : un corridor gazier vers les Balkans
La Grèce vise une capacité d’exportation de gaz de 9,5 milliards de m³ par an d’ici 2027, grâce au développement de son GNL et de ses interconnexions régionales. Cette dynamique doit diversifier l’approvisionnement de la Serbie et de la Macédoine du Nord, encore très dépendantes du gaz russe, et accompagner la sortie progressive du gaz russe de l’UE.
Ormuz : un troisième méthanier touché
Un méthanier, identifié comme le Maran Gas Mystras, a été frappé lundi par un projectile dans le détroit d’Ormuz, provoquant un incendie en salle des machines sans victime. Il s’agit du troisième méthanier attaqué depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, alors que l’OMI continue de déconseiller le transit.
Espagne : des objectifs de stockage de gaz relevés
Le gouvernement espagnol prévoit de rehausser ses objectifs de remplissage des stockages de gaz pour 2027, à 61 % de la capacité au 1er février et 55 % au 1er mai, soit 5 et 4 points de plus que cette année. Cette décision répond à l’incertitude géopolitique qui tend l’approvisionnement mondial en GNL, notamment la perturbation prolongée du trafic dans le détroit d’Ormuz, aggravée par l’interdiction du GNL russe à partir du 1er janvier. Les objectifs du 1er juillet et du 1er septembre restent inchangés, tout comme l’objectif européen de 90 % entre le 1er octobre et le 1er décembre.
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Lancer mon comparatif énergieActualité énergie verte & transition
Renouvelables : Entre nouveaux projets et incertitudes sur l’hiver à venir
Suède : l’éolien en construction surestimé de 41 %
Green Power Sweden a surévalué d’environ 400 MW la capacité éolienne en construction dans le pays. Le projet MB South d’Enercon (407 MW), compté dans les 990 MW annoncés, n’a en réalité pas démarré, son autorisation étant toujours en cours. Le pipeline immédiat tomberait ainsi à environ 583 MW, dans un contexte de net recul du secteur : 36 MW de turbines commandées en 2025, contre 2 686 MW en 2019.
France : les renouvelables réclament de la visibilité avant 2027
France Renouvelables exhorte le gouvernement à fixer les dates et volumes des prochains appels d’offres pour éviter un revirement « dévastateur » après les élections de 2027, et un possible moratoire sur l’éolien et le solaire. Le secteur s’est dit prêt à discuter du partage des risques, alors que le budget 2027 prévoit de modifier les contrats de soutien au solaire. La capacité solaire et éolienne a progressé de 13,2 GW au premier semestre 2026, pour atteindre 69,6 GW.
Monténégro : un nouvel appel d’offres solaire de 250 MW d’ici fin 2026
Le Monténégro prévoit de lancer avant la fin de l’année une enchère solaire de 250 MW sous contrat de différence de 12 ans, après l’échec du premier appel d’offres de 2025 dû à des conditions jugées trop restrictives. Le cadre a depuis été révisé pour élargir la participation et rassurer les investisseurs. Un appel d’offres pour le stockage par batteries et un autre pour 200 MW d’éolien sont également en préparation.
Espagne : un objectif renouvelable 2030 probablement révisé à la baisse
Après le Portugal, qui a abaissé son objectif 2030 de 51 % à 49 % de renouvelables dans la consommation finale d’énergie et réduit son ambition en hydrogène vert de 5,5 à 3 GW, l’Espagne devrait suivre le même chemin. Les renouvelables n’y ont couvert que 26 % de la consommation finale l’an dernier, soit 6 points sous l’objectif national, et le rythme de progression devrait plus que doubler pour atteindre les 48 % visés en 2030. La décarbonation de certains secteurs, comme les transports et l’industrie, avance plus lentement que prévu.
France : 24 % de biométhane visés en 2044
Un décret publié vendredi impose aux fournisseurs de gaz d’incorporer 24 % de biométhane dans la consommation des ménages, commerces et bureaux d’ici 2044. Les objectifs de 2027 et 2028 sont ramenés à 1,6 % et 3,6 %, jugés trop élevés au regard des volumes disponibles, et le taux devra plus que quadrupler d’ici 2044. La filière espère débloquer ainsi 1 milliard d’euros d’investissements, mais des fournisseurs alternatifs craignent une hausse des factures, estimée à 8 €/MWh en 2030 et 15 à 20 €/MWh en 2035, et ont saisi la Commission européenne.