Chaque semaine, retrouvez notre analyse sur l’évolution des marchés de gros de l’électricité, du gaz naturel et de l’énergie verte. Une lecture de 8 à 10 minutes pour comprendre ce qui se passe sur les marchés et, surtout, ce que cela signifie pour votre contrat d’énergie.
Analyse de la semaine — clôture au 04 septembre 2026.
Prix de l’électricité | Cours de l’électricité en France
Une semaine marquée par une envolée du CAL-27
Électricité · Clôture au 04 septembre 2026 · Source : EEX © Capitole Énergie
CAL 27
79,16 €/MWh
CAL 28
56,12 €/MWh
CAL 29
53,57 €/MWh
La semaine dernière a été marquée par une flambée spectaculaire du CAL-27, passant de 70,59 €/MWh fin août à 78,83 €/MWh le 2 septembre, avant d’atteindre un plus haut intrajournalier de 79,75 €/MWh jeudi, pour clôturer ce même jour à 78,99 €/MWh. Le contrat a ensuite terminé la semaine sur un niveau encore supérieur, à 79,16 €/MWh vendredi. Il faut remonter au 8 janvier 2024 pour retrouver un niveau de clôture supérieur (80,14 €/MWh).
Cette envolée est portée par la remontée du gaz : la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis a propulsé le TTF à un plus haut de trois ans, l’éloignement d’une réouverture du détroit d’Ormuz (20 % du GNL mondial) ravivant les craintes d’approvisionnement en pleine saison de remplissage des stocks. La situation hydrologique française et un effet classique de rentrée (ajustements de positions) ajoutent à la tension. Côté spot, les prix français ont atteint 122,80 €/MWh de moyenne en août, un plus haut de trois ans, sous l’effet du manque de disponibilité nucléaire et du recours accru au gaz durant les vagues de chaleur.
Le marché électrique dissocie choc immédiat et fondamentaux structurels
Quand le nucléaire ne suffit plus à couvrir la pointe, c’est le gaz qui prend le relais, et c’est précisément ce mécanisme qui explique la contagion du TTF vers le CAL-27.
Un choc jugé passager par le marché
Le marché price le CAL-27 comme une échéance qui absorbe un choc ponctuel, indisponibilité nucléaire et gaz cher, en pariant sur une normalisation à moyen terme, avec un retour de la disponibilité nucléaire et une détente attendue sur le gaz. C’est une logique bien connue des courbes à terme électricité : le proche réagit aux aléas physiques immédiats, le lointain reflète davantage les fondamentaux structurels.
Une progression homogène sur le long terme
Les CAL28-30, eux, progressent de façon plutôt homogène, ce qui traduit un ajustement général de la prime de risque énergétique plutôt qu’un problème propre au parc nucléaire français. Une dégradation durable aurait dû se traduire par un effet de contagion plus net sur le CAL-28, ce qui n’est pas vraiment le cas ici.
Le vrai enjeu : la durée des contraintes
Reste un point à surveiller de près : tout dépend de la durée des contraintes actuelles sur le nucléaire. Si ces épisodes restent circonscrits à cet été-automne, la lecture conjoncturelle tient. Mais s’ils venaient à se répéter d’une année sur l’autre, le marché pourrait finir par intégrer une prime structurelle sur les échéances plus lointaines aussi.
Faits marquants électricité – semaine du 31 août au 4 septembre 2026
Italie : les prix de l’électricité au plus haut depuis fin 2022
Le prix spot de l’électricité pour le lendemain en Italie a bondi de près de 7 % mardi, à 212,71 €/MWh, son plus haut niveau depuis le 31 décembre 2022, sous l’effet combiné de la chaleur qui dope la demande de climatisation et de la forte dépendance du pays au gaz pour sa production électrique.
Bulgarie : des volumes spot records portés par les batteries
La bourse bulgare Ibex a enregistré en août un nouveau record mensuel de volumes spot échangés, à 3 TWh, porté par la forte production renouvelable et l’expansion rapide du parc de batteries (environ 6 GW), alors que la sécheresse pesait sur le nucléaire et l’hydraulique en Europe centrale et du Sud-Est.
Octopus Energy rachète BD Energy
Le britannique Octopus Energy a acquis le négociant danois d’algorithmes BD Energy, qui rejoint Octopus Energy Trading pour accélérer son développement à l’international. BD Energy, fondée en 2022 et forte de 31 salariés, opère principalement sur le marché à court terme, avec 99 % de ses transactions automatisées sur 15 marchés dans le monde, dont les États-Unis, pour un bénéfice de 2,4 millions d’euros en 2025
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Prix du gaz | Cours du gaz en France
Gaz : le déficit de stocks entretient une prime durable
Gaz · Clôture au 04 septembre 2026 · Source : EEX © Capitole Énergie
CAL 27
52,225 €/MWh
CAL 28
33,904 €/MWh
CAL 29
27,231 €/MWh
La semaine écoulée a confirmé la spirale haussière sur le gaz européen, les stocks affichant leur pire niveau saisonnier et le dossier iranien restant dans l’impasse, même si les derniers échanges de la semaine ont marqué un coup de frein technique.
Le CAL-27 PEG n’a cessé de grimper de séance en séance, de 50,15 €/MWh le 31 août à un sommet de 53,17 €/MWh le 2 septembre, avant de redescendre légèrement pour clôturer à 52,23 €/MWh vendredi. Sur le TTF, le contrat spot a culminé mercredi à 75,33 €/MWh, un plus haut de près de trois ans, avant de retomber à 71,31 €/MWh vendredi, un repli qui s’explique surtout par une correction transversale du complexe énergétique, entraînée par le pétrole, plutôt que par un vrai retournement de fondamentaux. Le remplissage des réservoirs européens ne dépasse toujours pas 65,9 %, un déficit de 12 points par rapport à 2025 et un plancher inédit depuis 2011, pendant que le détroit d’Ormuz, par lequel transitait plus d’un cinquième du GNL mondial, demeure verrouillé depuis les frappes israélo-américaines de fin février. Il pourrait même être déjà trop tard pour qu’un chargement moyen-oriental atteigne l’Europe avant la fin de l’hiver 2026/2027, confirmant que le marché ne traite plus ce risque comme un simple à-coup mais comme une donnée durable.
Gaz : l’Europe entame l’hiver avec un filet de sécurité fragilisé
La semaine écoulée a mis en évidence l’ampleur du retard pris par l’Europe dans la reconstitution de ses stocks de gaz, tandis que la demande asiatique se recompose de façon contrastée, offrant un répit potentiel mais fragile sur le marché du GNL.
Un retard de remplissage qui s’accentue
Au 3 septembre, l’UE n’est remplie qu’à environ 65,85 %, contre 78 % en moyenne à la même période les années précédentes, soit 13 points de retard. Les dernières projections tablent sur un remplissage moyen autour de 73 % au 1er novembre, avec un risque de rester sous les 70 % si le rythme d’injection ne s’accélère pas.
Une Europe qui aborde l’hiver avec un filet de sécurité plus fin
Concrètement, ce retard signifie moins de capacité à absorber un imprévu : un hiver particulièrement froid, une nouvelle perturbation d’approvisionnement ou une aggravation géopolitique pourraient forcer certains pays à acheter du gaz en urgence à des prix élevés. Il s’agit d’une vulnérabilité accrue, pas d’une crise en cours.
Une demande asiatique très inégale
La Chine maintient un rythme d’importation modéré, sa consommation étant structurellement plus faible cette année. L’Inde, elle, a vu ses achats chuter de 68 % en une semaine, signe qu’elle renonce à une partie des volumes plutôt que de surenchérir, en se tournant potentiellement vers le charbon. Un tel arbitrage pourrait desserrer temporairement la pression sur les cargaisons disponibles et jouer en faveur de l’Europe, qui doit reconstituer des stocks très en retard et se montre prête à payer plus cher que l’Asie pour sécuriser ses volumes.
Faits marquants gaz – semaine du 31 août au 4 septembre 2026
France : les stocks de gaz progressent, une évolution jugée « rassurante » par la CRE
Les stocks de gaz français atteignaient 71,3 % de remplissage au 1er septembre, en hausse de 12 points sur un mois, un niveau jugé « relativement rassurant » par la présidente de la CRE, qui rappelle l’objectif de 85 % pour être « bien » couvert avant l’hiver. Toutes les capacités ont été souscrites par les fournisseurs, légalement tenus de les remplir à 85 % d’ici le 1er novembre.
Espagne : la consommation de gaz bondit de 9 % en août, tirée par l’électricité
La consommation de gaz espagnole a progressé de plus de 9 % sur un an en août, à 25,1 TWh, portée par la demande des centrales électriques au gaz (+41 % à 12 TWh), sous l’effet combiné des vagues de chaleur et des réductions de production nucléaire en France et dans le sud de l’Europe. La demande conventionnelle (ménages, industrie, cogénération) a en revanche reculé de 9,4 %, à 13,2 TWh.
Allemagne : le risque de pénurie de gaz « massivement sous-estimé »
Le principal institut économique allemand DIW alerte sur les faibles niveaux de stockage de gaz du pays (53,3 %, soit 27,6 points sous la moyenne quinquennale), un risque selon lui sous-estimé par les décideurs politiques face à des scénarios non improbables de pénurie en cas d’hiver rigoureux. Il souligne aussi que la hausse des prix du gaz, avec un TTF ayant atteint 75,33 €/MWh mercredi, pèse déjà sur la croissance économique allemande.
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Lancer mon comparatif énergieActualité énergie verte & transition
Renouvelables : nouveaux projets nordiques, tensions politiques à l’Est et au Sud
La Suède va délivrer des garanties d’origine pour le gaz
Les producteurs de gaz suédois pourront prochainement obtenir des garanties d’origine négociables dans toute l’Europe, les demandes pouvant être déposées dès maintenant, la date de délivrance effective dépendant de la synchronisation du registre national avec celui de l’AIB. La Suède, qui consomme environ 10 TWh de gaz par an (principalement importé du Danemark), a vu sa production nationale de biogaz progresser à 2,4 TWh en 2024.
Luminus met en service une batterie de 150 MW dans le sud de la Belgique
Luminus, filiale belge d’EDF, a mis en service la plus grande installation de batteries de la région située au sud de la Belgique, un parc de 150 MW/600 MWh à Navagne, pour un investissement de 160 millions d’euros. Le ministre de l’Énergie belge y voit un renfort de la flexibilité du réseau et de l’intégration des renouvelables. La Belgique dispose désormais de 2,1 GW de capacité de stockage par batterie, avec près de 12 GW de capacité réseau réservés pour de nouveaux projets d’ici 2034.
Alight met en service un parc solaire de 100 MW en Finlande
Le développeur suédois Alight a inauguré un parc solaire de 100 MW à Eurajoki, augmentant de 12 % la capacité photovoltaïque finlandaise, et travaille désormais sur un pipeline de 1 400 MW supplémentaires, dont environ 400 MW pourraient faire l’objet d’une décision d’investissement d’ici 12 à 18 mois. La société, qui dispose déjà de 500 MW opérationnels dans les pays nordiques, prévoit aussi de statuer cet automne sur une batterie de 30 MW couplée au site, afin d’améliorer sa viabilité économique face à la saturation croissante du marché de l’énergie verte.
Italie : l’UE sommée de revoir le Pacte vert
Le vice-premier ministre Antonio Tajani a exhorté l’UE à revoir le Pacte vert, jugeant la crise énergétique liée au blocage du détroit d’Ormuz responsable de la flambée des prix (TTF à 70,86 €/MWh, électricité italienne au-dessus de 212 €/MWh, plus haut depuis 2022). Il plaide pour une stratégie plus axée sur le nucléaire et les renouvelables, tout en rejetant les taxes exceptionnelles sur les compagnies pétrolières au profit de contributions négociées.
Allemagne : l’AFD en tête avant les élections régionales, inquiétude dans le renouvelable
L’AFD, qui prône l’abandon de la transition énergétique (fin des aides EEG, moratoire sur l’éolien, annulation de la sortie du charbon et du nucléaire), est créditée de plus de 40 % des intentions de vote avant les élections de Saxe-Anhalt dimanche, loin devant la CDU (23 %). Un gouvernement mené par ce parti, jugé en partie extrémiste par les renseignements allemands, marquerait une rupture sans précédent, même si une majorité absolue reste improbable au vu des sondages.